1928-1978 : Trois archevêques dans le diocèse

Le Cardinal Saliège

Parmi ces trois évêques qu’a connu Toulouse, le plus connu du grand public est sans doute le premier. Né en 1870 à Mauriac, dans le Cantal, Jules-Géraud Saliège est ordonné prêtre en 1895 et devient évêque de Gap en 1926, diocèse où il fait son apprentissage épiscopal avant d’être promu à l’archevêché de Toulouse en 1928. Hostile à l’Action Française, il appartient à cette génération de prélats nommés par Pie XI pour rénover l’Eglise de France pendant l’entre-deux-guerres. S’appuyant sur l’Action catholique, il souhaite encourager un renouveau catholique dans un diocèse marqué par un anticléricalisme traditionnel illustré par La Dépêche de Toulouse. Il divulgue sa pensée par les Menus propos régulièrement publiés dans La Semaine catholique à partir de 1937. Quoique atteint, à partir de 1932, d’une paralysie progressive du bulbe rachidien, il tient son diocèse avec une autorité qu’atténuent les interventions bienveillantes de Mgr de Courrèges, son auxiliaire à partir de 1935. Maréchaliste en 1940, Mgr Saliège entre dans l’Histoire par sa lettre de protestation contre les rafles anti-juives, rédigée le 20 août 1942 et lue dans les paroisses du diocèse trois jours plus tard.
« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »
Cette lettre pastorale a indéniablement participé à l’éveil des consciences de nombreux fidèles et eut un retentissement bien au-delà du diocèse de Toulouse. Elle ne doit cependant pas éclipser les actions de sauvetage de Juifs entrepris par Mgr de Courrèges et Mgr de Solages, recteur de l’Institut catholique. La résistance spirituelle de Mgr Saliège et les demandes pressantes du gouvernement français et de son ambassadeur près le Saint-Siège, Jacques Maritain, lui valent d’être promu cardinal par Pie XII lors du consistoire du 18 février 1946. Réticent face au mouvement des prêtres-ouvriers, le cardinal Saliège fait connaître son opposition à la Communauté Européenne de Défense et ses faveurs vis-à-vis de l’Algérie française. De plus en plus handicapé et affaibli, il ne délègue que tardivement l’administration du diocèse à son coadjuteur, Mgr Garrone. Il décède le 5 novembre 1956 et ses obsèques donnent lieu à un grand rassemblement de foule.

Mgr Garrone

Les deux autres archevêques appartiennent à la même génération. Gabriel Garrone est né en 1901 à Aix-les-Bains, en Savoie. Ordonné prêtre en 1925 à la suite d’un séjour au séminaire français de Rome, il complète son cursus intellectuel par des études de philosophie à l’université de Grenoble. Enseignant au séminaire de Chambery, il participe activement à la rénovation des études malgré le conservatisme étroit de Mgr Castellan, archevêque du diocèse. Prisonnier de 1940 à 1945, le Père Garrone est nommé, en 1947, coadjuteur du cardinal Saliège à Toulouse. Profitant d’une certaine inactivité pastorale liée à la difficulté de déléguer pour le vieux cardinal, Mgr Garrone écrit de nombreux articles et publie une traduction des Psaumes. Une fois archevêque, il s’attache à l’encadrement paroissial en construisant une quinzaine de nouvelles paroisses à Toulouse et dans son agglomération, tout en fusionnant des paroisses rurales. Son rôle durant le concile Vatican II est important. Membre de la Commission doctrinale et de la Commission centrale, Mgr Garrone participe à la rédaction des constitutions Dei Verbum et Lumen gentium et est rapporteur de la constitution Gaudium et spes. Lors de ses retours à Toulouse, il tient au courant son clergé et ses séminaristes de l’avancée des réflexions du concile. Proche de Paul VI, il est appelé à Rome en 1966 afin de devenir pro-préfet, puis préfet deux ans plus tard de la Congrégation des séminaires et universités. Créé cardinal en 1967, Mgr Garrone reste en fonction jusqu’en 1980 avant de se voir confié par Jean-Paul II le soin de mettre en place le Conseil pontifical pour la culture. Il décède à Rome en 1994.

Mgr Guyot

Pour sa part, Jean Guyot est né à Bordeaux en 1905. Ordonné prêtre en 1932, il part à Rome où il soutient une thèse consacrée à « La doctrine de l’Eucharistie chez Saint Thomas d’Aquin ». Aumônier de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) en 1935, il est vicaire général de Mgr Feltin à Bordeaux de 1944 à 1949. Nommé évêque coadjuteur de Coutances, il succède à Mgr Louvard en 1950. Très investi dans les milieux agricoles, Mgr Guyot est membre de la Commission épiscopale rurale. Durant le concile Vatican II, il défend la création de structures de dialogue entre prêtres et évêques. En 1966, il succède à Mgr Garrone comme archevêque de Toulouse. Il est donc chargé d’entamer le processus de transformations voulues par les Pères conciliaires. Mgr Guyot, dont nombre de prêtres et de laïcs qui eurent à la côtoyer soulignent le sens du dialogue et l’humanité, doit affronter la crise du « moment 68 » que connaît l’Eglise (contestation de l’autorité, abandon du sacerdoce par des prêtres, crise de la paroisse de la Croix de Pierre…). Affecté par cette situation, Mgr Guyot se voit confirmer la confiance pontificale lorsque Paul VI le nomme cardinal en 1973. Ainsi participe-t-il aux deux conclaves de 1978 qui élisent successivement Jean-Paul Ier et Jean-Paul II. Confronté à des ennuis de santé, le cardinal Guyot démissionne de sa charge épiscopale le 16 novembre 1978, remplacé par son coadjuteur, Mgr Collini. Il meurt à Bordeaux en 1988. 


Philippe Foro, diacre