Appelés pour les autres, la fraternité chrétienne

selon Joseph Ratzinger

« L’Église est à nouveau appelée à l’impulsion missionnaire, dans la mesure où elle recommence à réaliser de façon plus vivante sa fraternité intérieure.  » Benoît XVI

Publié en 1960, le livre de Joseph Ratzinger Frères dans le Christ fit date pour l’interprétation qu’il proposait de la fraternité chrétienne. Le futur Benoît XVI y soulignait que si le mystère du Christ est un mystère de frontières supprimées (entre les sexes, les classes sociales, les Juifs et les païens, entre nations), le christianisme établit néanmoins une délimitation nouvelle : la communauté fraternelle des disciples. En effet Jésus désigne lui-même comme ses frères et sœurs tous ceux dont la volonté est unie à la sienne pour accomplir celle du Père (Mc, 3, 33-35).

Concrètement, cette fraternité se vit nécessairement dans des cercles restreints : par exemple en communauté religieuse, en aumônerie, dans notre engagement social précis, etc. À cette délimitation s’ajoute la dimension cultuelle de l’assemblée eucharistique, seule en mesure de fonder une communauté fraternelle consciente d’elle-même – ce qui ne signifie pas que le disciple se désintéresse du frère qui a perdu la foi.

Cependant, une telle restriction ne contredit-elle pas le message universaliste de Jésus ? En fait, cette fraternité ne constitue pas un cercle ésotérique. Au contraire, elle est au service de tous. Pareils au Christ, partageant sa relation au Père avec les hommes, ses disciples ne vivent pas la fraternité pour eux seuls, mais en faveur de l’ensemble de l’humanité. Pour preuve, Joseph Ratzinger recense dans son ouvrage les figures de frères qui, dans la Bible, associent leurs autres frères à leur bénédiction (ce qui passe souvent par la souffrance des premiers) : le serviteur d’Isaïe, Joseph vendu en Égypte, le peuple juif pour les autres nations. De même, la finalité de la fraternité en Christ n’est pas de fonder une secte repliée sur elle-même, mais bien d’appeler à la grâce ceux qui vivent encore sans elle.

Telle est la signification fondamentale des couples de frères des récits bibliques : Caïn et Abel, Ismaël et Isaac, Jacob et Esaü, le fils prodigue et le fils aîné de la parabole du père miséricordieux. Celui des deux qui vit pleinement la fraternité est toujours chargé de réintégrer son vis-à-vis dans sa dignité de frère du Christ. C’est en cela que la fraternité chrétienne est éminemment missionnaire. 

Jean-Michel Castaing