« Bienheureux, vous, les affamés et assoiffés de justice… vous serez rassasiés. »

Troisième Béatitude pour notre Carême

« Bienheureux, vous, les affamés et assoiffés de justice… vous serez rassasiés. »

Jésus s’adresse à des êtres « physiquement » affamés et assoiffés, mais cette fin et cette soif sont les signes d’une autre avidité.

Dans les Béatitudes, Dieu vient nous parler de Lui-même. Et dans cette béatitude :

- Que vient-il nous dire de Lui ?
- Qu’attend-Il de nous ?

Dieu, un "être de désir", un "être assoifé"

Dieu désire l’homme…Son Amour est désir de l’homme.
Le désir de Dieu : partager Sa Vie avec l’homme.
Dieu : l’infatigable chercheur : « Adam, où es-tu ? »

Adam… mais c’est toi aujourd’hui. Il te désire. Il t’aime. Il te cherche. Il te poursuit de Son Amour.

Voilà ton Dieu Juste et Saint : Sa Sainteté, c’est Son Amour qui te poursuit.

Sa Justice, c’est Son Amour qui s’adapte à ton cheminement.

Oui, Dieu ne cesse d’être affamé, assoiffé de nous rejoindre au cœur de nos situations, de nos réalités… faim et soif de nous sauver en Christ, faim et soif que tout homme vive.

Il nous le dit en Jésus. Jésus : l’Incarnation du Cœur de son Père, l’Incarnation de la Soif du Père pour l’homme.

- « Ô Jésus, prenant un Corps, tu es entré dans le besoin, la faim et la soif, le froid et la fatigue, le sommeil et la sueur. Toutes ces choses du monde sont devenues tiennes.

Tu es donc mon Dieu :

- «   Ô Jésus, prenant un Corps, tu cours le Risque de la Rencontre de l’autre. Dès ta naissance, petit enfant, ton Corps t’a impliqué dans la proximité de l’autre, à commencer par cette proximité ombilicale au creux du ventre de ta mère.

- Ton Corps est le chemin de l’autre en toi. Ayant pris Corps, tu as choisi la possibilité de la douleur ; tu te voues à te livrer.

Tu es donc mon Dieu ! » (Père Bro).

… « J’ai soif »…. « Donne-moi à boire » : j’ai besoin de toi, tu m’es nécessaire.

Jésus  : un Être de Désir, tendu vers le Père et « habité  » par un « appel intérieur » qui le porte vers les siens.

- Suis-je « complice » de ce Dieu affamé, assoiffé… de l’homme… de moi ?

- Ce Dieu qui me « désire », est-ce que j’ai vraiment envie : qu’Il me rencontre ?

- Qu’Il me rejoigne sur ma route, aujourd’hui ?

- Qu’Il rejoigne chaque homme sur mon chemin ?

Ce Dieu qui « désire l’homme » a, sur mon chemin, le Visage du pauvre, du frère ou du chômeur, de l’émigré…..de mon voisin difficile à comprendre.

- Est-ce que je sais le reconnaître ?

- Est-ce que je sais accueillir sa soif, sa faim ?

 Heureux les affamés et assoifés de justice... de Sainteté

 

« Tu nous a fait pour Toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi  ».

« Dieu, Tu es mon Dieu…..Mon âme a soif de Toi  ».

Ce désir qui sort du plus profond de toi est, dans sa Source la plus profonde, un désir qui vient de Dieu. Ce n’est pas toi qui le pratiques, qui le saisit, qui le force à se donner à toi. C’est Lui qui se fait pressentir, qui se découvre, qui se donne à toi.

- Alors toi ? Rien d’autre à faire, si ce n’est « être à la réception » avec un cœur de pauvre.

- Comment être ailleurs que là où ton Dieu te donne rendez-vous…

 

Se laisser ainsi regarder, aimé par le père, c’est ça être « ajusté » à Dieu, c’est ça communier à Dieu, à Sa Sainteté.

 

«  La sainteté, ce n’est pas un accomplissement de soi-même, une plénitude que l’on se donne. Elle est d’abord vide que l’on se découvre, que l’on accepte et que Dieu vient remplir dans la mesure où l’on s’ouvre à sa plénitude  ». (Sagesse d’un pauvre).

 

« Tu es ce que tu aimes » :

- Quel est le désir profond qui m’habite ?
- Quels sont les lieux, les relations, où j’essaie d’étancher ma soif et ma fin ?

La sainteté : c’est être « ajusté » au désir de Dieu sur moi dans la vie la plus ordinaire.

« Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous mis, est pour nous le « lieu de notre sainteté  ». (Madeleine DELBREL).

« Ma vie n’a rien d’extraordinaire. Mais l’ordinaire de la vie est en lui-même très beau… si j’y cherche le Seigneur, c’est Lui que je trouverai sur le visage de mes frères. Je n’aime pas et les grands mots sur l’amour. J’aime simplement celui qui se cache sous le toit de tout frère  ». (Jeune).

 

Les Saints sont parmi nous… Les Saints au quotidien, qui vivent l’amour de Dieu et l’amour de leurs frères, inséparablement. C’est contagieux qui sauvent le monde nous appellent sur notre route aujourd’hui.

J’ai besoin de sentir que je suis de la même famille : immense foule d’hommes et de femmes qui, modestement, ont tenté de vivre les béatitudes. Assoiffé de « vrai » bonheur, de vie bien remplie, ils se sont laissés bousculer, broyer, façonner, envahir peu à peu :

- par l’esprit des Béatitudes,
- par la sève vivante de l’Évangile,
- par la Parole exigeante et libératrice de Jésus.

- À ma place : être cet homme, cette femme, qui se laisse « envahir » par Dieu.

- À ma place : faire tressaillir la vie. Donner à chacun sa chance de vivre.

- À ma place : être habité de tout ce monde dont Dieu a soif, habité par le désir que Dieu a du bonheur de l’homme, de tout homme.

- À ma place : donner de la face de mon Dieu juste et saint une image unique et personnelle.

« La sainteté, c’est laisser Dieu
faire réapparaître en l’homme son image ».
(Saint Grégoire de Nysse).

 

 


Vous êtes l’icône de Dieu, son manifeste, son image, sa vision.

Le rôle de l’icône est de laisser deviner celui qu’on ne peut toucher, de susciter le désir de le connaître, de transfigurer le réel et de placer en son milieu l’étonnante lumière du tout autre.

Vous êtes l’icône de Dieu, vous la dessinez avec votre chair et votre sang, avec votre sueur et lentes hésitations, avec vos paroles et vos gestes, avec vos refus et vos révoltes, avec vos amours et avec votre tendresse.

Sans fards ni mensonges, vous êtes l’icône de Dieu.

Ne vous pressez pas : il faut une vie entière pour qu’elle soit peinte, tant elle demande de minutieuse ardeur.

Pour la réussir, souvent il faut contempler le modèle, jusqu’à ce que sur votre face transparaissent sans visage.