Carême = privations ?

Carême 2019

Carême = privations ?

De multiples raisons aux privations

Il serait démagogique de démentir ce constat en disant : « Mais non, voyons ! Le carême, c’est cool et funny ! ». Oui, le carême peut sembler, dans un premier temps, astreignant et ardu. Toute la question est de savoir la raison qui nous pousse à pratiquer cette ascèse.

Pourquoi se priver ? Les réponses sont nombreuses : afin d’entrer en communion avec ceux qui n’ont pas grand-chose ; de se libérer des idoles qui ont nom « accaparement », « fric », « consommation », « vêtements de marque », etc ; de faire le vide en nous, devenir ainsi plus hospitaliers, et laisser de la sorte davantage de place à Dieu et aux autres.

Ouvrir les yeux sur le miracle permanent de l’être

Un autre bienfait de l’ascèse est de nous faire ouvrir les yeux sur les miracles du quotidien. Débarrassés du boulet de l’obsession de l’avoir, nous pouvons enfin détourner nos regards des rayons du supermarché pour les reporter sur la nature, les autres, nos proches et moins proches. Surpris, nous constatons alors qu’ils représentent une richesse bien plus considérable que tous les produits que la plus grande fortune du monde nous permettraient d’acquérir !

Une évidence s’impose : le monde est miraculeux ! Comme le simple fait d’exister ! Si le jeûne, en mettant la consommation en mode « pause », est capable de nous en rendre conscients, alors nous aurons déjà réussi notre carême ! Les jeûnes (il faut mette la pratique au pluriel, car on peut jeûner de beaucoup de choses) décuplent la faculté d’émerveillement. Saint François d’Assise, le grand chantre de la Création, était un grand ascète. Le povorello ne comptait pas sur l’argent pour acquérir la richesse : il attendait celle-ci du Créateur. La pauvreté volontaire est le plus sûr moyen d’acquérir les biens de la Création, et de gagner Celui qui dépasse infiniment toutes les richesses créées !

Trois difficultés sur la route du carême

De nos jours, trois difficultés font obstacle à la pratique du jeûne. D’abord, nous vivons dans une société sécularisée. Contrairement à nos frères musulmans, qui peuvent compter sur la force d’entraînement de leur communauté durant le ramadan, les chrétiens sont souvent isolés. Il est plus difficile de se mettre en route sur le chemin de la privation quand on est seul.

Ensuite, nous pensons n’avoir qu’une âme à sauver, être de purs esprits. Le corps ne serait qu’un simple moyen. Erreur ! Nous sommes un combiné de matière et d’esprit. Le corps « pense » aussi, même si nous n’en avons pas toujours conscience. En le purifiant, c’est tout notre être qui bénéficie des privations que nous lui imposons.

Enfin, enfants de la société de consommation, nous voulons tout, tout de suite – comme des anges qui pensent et communiquent à la vitesse de la lumière. Or nous sommes des hommes, immergés dans l’espace et le temps. L’ascèse est un entraînement. Ses fruits ne sont pas perceptibles immédiatement, surtout pour ceux qui la pratiquent pour la première fois.

Le jeûne n’est pas une discipline sportive

Il reste à souligner que les privations ne sont pas une fin en soi. Elles doivent nous amener à donner, à aimer, à partager et à prier davantage. Les métaphores sportives sont là pour nous stimuler dans l’effort. Mais il n’y a aucune coupe du monde de jeûne à gagner à la fin du carême. Le jeûne n’est pas une discipline sportive reconnue par le C.I.O. L’accomplissement du carême consistera simplement à suivre de tout notre coeur le Christ qui monte au Calvaire, à demeurer sous la Croix, à intercéder pour le monde, comme il le fit lui-même en s’adressant à son Père sur le Golgotha, et à finir par ressusciter avec lui le troisième jour.

Jean-Michel Castaing

 


Actualité publiée le 7 mars 2019