Connaissez vous le "groupe de recherche sur la honte"

Pourquoi parler de la honte ? Parce que la honte est mortelle, elle détruit l’homme par l’intérieur, elle ronge la confiance en soi, nombre de souffrants en témoignent quand ils en sortent. La femme adultère était tellement honteuse qu’elle ne pouvait se défendre devant ses accusateurs : « plutôt mourir que dire », dit Boris Cyrulnik dans son livre sur la honte. Elle était en position de se défendre, puisqu’elle seule a été accusée et arrêtée, alors que la loi juive exigeait que les deux adultères soient punis. Mais le poids de la honte publique est tel qu’elle est écrasée, muette, et fut bientôt lapidée si le Christ n’avait pas fait taire les accusateurs, et ne lui avait rendu la parole par son non-jugement. Ainsi récemment deux prêtres accusés de conduites inappropriées avec des jeunes se sont suicidés au moment où les faits ont été publiés. C’est la honte qui les a écrasés, ils n’ont pas pu supporter le regard, réel ou imaginaire, de leur entourage.

Pourquoi un groupe de Recherche sur la Honte ? Le pape François invite chaque chrétien à l’initiative pour éradiquer la pédophilie et ses dégâts. La honte tombe sur l’Église, mais bien davantage sur les victimes. La honte est la souffrance majeure des millions de personnes, rien qu’en France, souvent stigmatisés et dont on parle si peu ! C’est que justement ceux qui souffrent fortement de honte ne peuvent en parler, ils sont emmurés par la honte. Ils sortent de prison, ou ont été battus, ou agressés sexuellement, longtemps harcelés ou gravement humiliés, ou bien leurs parents sont alcooliques ou bien eux-mêmes sont homosexuels ou handicapés physiques ou malades psychiques, ou chômeurs à long terme, ou analphabètes, addicts ou écrasés par les échecs, etc. Que de souffrances que l’Église doit arriver à rejoindre et réparer puisque Jésus rejoint d’abord les souffrants ! J’ai eu et j’ai encore la chance d’expérimenter trois chemins féconds pour sortir de la honte, le chemin sociologique que développent différents mouvements depuis longtemps, le chemin spirituel qui fut le mien, et enfin le chemin psychologique auquel on penserait d’abord.

1- Le mouvement laïc Aide à Toute Détresse travaille au passage de la misère et de la honte à la fierté de participer à un peuple debout et solidaire. Ce peuple est fait de personnes sensibilisées à la misère, aux souffrances et aux richesses des petits, et désireuses de cheminer avec d’autres pauvres pour un apport mutuel. Celui qui vit dans la honte est plus à l’aise avec des personnes écrasées comme lui, et des personnes délicates et attentives à de telles souffrances. Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour les pauvres mais avec eux. Chacun est donc accueilli et embauché à son tour pour rejoindre d’autres personnes en difficulté. A Toulouse les Sœurs de la Bonne Nouvelle travaillent dans ce sens avec plusieurs associations d’inspiration chrétienne. Ils ajoutent clairement la dimension chrétienne à leur démarche. Ces croyants veillent à donner place et parole dans l’Eglise à quelques pauvres. On leur confie la responsabilité d’élaborer les commentaires du chemin de croix du vendredi saint à la cathédrale et au cours d’autres rencontres ouvertes à tous. C’est la démarche de la Diaconie diocésaine. Deux fois par an, les Assemblées de la Diaconie préparées par Place et Parole des Pauvres réunissent des personnes touchées par diverses pauvretés avec des personnes ouvertes aux richesses des pauvres.

2- Pour les auteurs des évangiles, la sortie de la honte est spirituelle, c’est le fruit de la rencontre de l’amour inconditionnel du Christ, amour particulier pour les pauvres et souffrants en tous genres, en particulier les rejetés, les humiliés : lépreux, femme qui saigne, paralytiques, boiteux et aveugles, aucun n’avait pas même le droit d’entrer au Temple. Jésus se penche sur la personne entière. Bien sûr il s’emploie à guérir physiquement, plus précisément il met le doigt sur les yeux de l’aveugle et se penche sur le paralytique considérés comme impurs, c’est-à-dire sales, c’est-à-dire qu’il pose en même temps son regard sur la blessure psychique qui gène la vie de foi de la personne et il relève la personne blessée, par son empathie et son regard toujours positif. Enfin Jésus prend soin de réinsérer la personne guérie dans la société qui avait d’abord jugé et rejeté la personne. L’Arche de Jean Vanier est très attentive à cette dimension sociale. Le pape François dans Amoris Laetitia évoque 13 fois la « guérison de l’âme » au sujet des blessures intérieures des couples et familles en difficulté ! Les groupes de prière charismatiques pratiquent de telles démarches de guérison intérieure. Un groupe de priants établit d’abord un contact de compassion, écoute la souffrance, demandant à la personne blessée si elle se souvient de paroles ou de situations humiliantes, de comparaisons qui l’ont écrasé, qui l’ont fait se sentir nulle sans pouvoir en parler, ni à une personne de confiance ni à Dieu. Voir si la personne veut pardonner, si elle n’a pas aussi une culpabilité, se croyant responsable de son état... Mais surtout dire en vérité que Jésus aurait aimé être avec l’être humilié à ce moment douloureux de sa vie, lui dire son amour... Jésus a passé sa vie publique à rejoindre les faibles, avec un regard d’estime, d’amour et de vérité : « je te bénis, Père, d’avoir caché ton mystère aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux petits... »

3- Une troisième approche guérissante se trouve en psychologie ’laïque’. En particulier l’Approche Centrée sur la Personne initiée par Carl Rogers met au centre de l’entretien, qu’il soit amical ou professionnel, l’écoute et le soin d’une personne en souffrance par la pratique d’une empathie profonde et d’un regard positif inconditionnel. L’accompagnant ou le soignant partage les émotions de la personne, souligne le positif, tout en demeurant en vérité avec lui-même. Une telle écoute sans jugement demande un apprentissage, un entraînement, et porte beaucoup de fruit, permettant à la personne de trouver les solutions.

Ces trois approches sont bien sûr complémentaires. L’Église est en période de remise en question douloureuse. Nous vivons une honte à cause de certains actes, elle doit nous ouvrir au vécu bien plus douloureux de millions de nos frères et sœurs. C’est un moment favorable à la conversion. L’Église était centrée sur son clergé, souvent admirable et parfois si déficient, mais elle doit se recentrer sur les pauvres. L’Église se préoccupe enfin des victimes qu’elle a blessés, mais l’Esprit de Jésus la porte vers une mission bien plus large, vers tous ceux qui vivent dans la honte aujourd’hui. A l’époque du Christ les honteux étaient les lépreux, aveugles, boiteux et paralytiques, aujourd’hui les honteux sont les enfants et jeunes harcelés, les victimes de viols et incestes, les migrants déboutés, les prostituées, les malades psychiques, etc, etc. Notre diocèse développe une Diaconie qui s’efforce de rejoindre toutes les victimes de hontes et de vivre avec elles le Royaume.

« J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi.  » Isaïe 6,8.

 

José Raisson, Respopnsable du groupe

 

 


Actualité publiée le 22 novembre 2018

 

 

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