L'ange Gabriel, dans l'iconographie

L’Annonciation de Fra Angelico (1442, couvent San Marco, Florence)

 

Ce mercredi 25 mars, neuf mois avant Noël, l’Église fête solennellement l’Annonciation à Marie. Il s’agit là d’un événement majeur de l’histoire du Salut qui a pour cadre une rencontre des plus intimes entre un archange et une toute jeune fille. Nous continuons notre recherche iconographique destinée à essayer de comprendre ce qui a pu inspirer les artistes qui ont donné corps aux anges, ces êtres purement spirituels mais omniprésents dans nos églises.

 

Qu’est-ce qu’un archange ?

L’origine du mot archange vient du grec arkhé (commandement) et aggelos (messager) ; ces deux mots combinés ensemble désignent le chef parmi les anges.

Parmi les sept que l’Ancien Testament mentionne (« Je suis l’ange Raphaël, un des sept qui nous tenons en présence du Seigneur », Tb 12, 15), seuls trois d’entre eux ont révélé leur nom et sont officiellement reconnus par l’Église depuis le Concile d’Aix la Chapelle en 789. Cette décision qui était destinée en son temps à cadrer une piété populaire grandissante et fantaisiste, y donna en fait un coup d’arrêt pour plusieurs siècles. À partir du XVIe, celle-ci reprit progressivementpour jusqu’à parvenir à nous. Le Directoire de la piété populaire et de la liturgie nous invite à ne pas « donner aux anges des noms particuliers que la sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël  »1.


La particularité du nom des archanges est leur terminaison « El » qui est le nom même de Dieu. Le préfixe caractérise leur fonction. Ainsi, l’étymologie de Michel est une question « Qui est comme Dieu ? ». Le préfixe rapha de Raphaël signifiant guérir, son nom veut dire « Dieu guérit ». La racine du nom Gabriel, se traduit en hébreu « force », « Dieu est ma force ».


L’archange Gabriel

Cité dans le livre de Daniel (Dn 8, 16 et 9, 21), l’archange Gabriel apparaît pour expliquer une vision que vient d’avoir le prophète. Dans l’Évangile de saint Luc, il est le messager d’une double Annonciation, celle à Zacharie (Lc 1, 11-25) dans un premier temps, et celle à Marie (Lc 1, 26-38), six mois plus tard. Toutes deux sont étroitement liées.

Le thème de l’Annonciation à Marie a souvent été représenté dans l’art sacré et ce dès le IIe siècle dans les catacombes (ci-contre, Annonciation dans les catacombes de Priscille). Il s’agit là d’un événement majeur de l’histoire du Salut, notamment depuis le Concile d’Ephèse en 431 où Marie a été proclamée Theotokos, c’est-à-dire mère de Dieu.

Le modèle représentatif de l’Annonciation a peu ou pas évolué depuis l’origine. L’ange Gabriel est représenté debout face à Marie dans un dialogue muet des mains et des yeux. S’il amorce un geste de salut ou de bénédiction en direction de la Vierge, cela signifie qu’il lui délivre un message ; s’il lève la main vers le du ciel, c’est pour en indiquer l’origine. Si la main de Marie est dirigée vers l’archange, c’est par réserve ou détachement, alors que repliée sur sa poitrine, c’est pour exprimer son accord. Elle peut aussi esquisser un geste de surprise. Au Moyen-âge, tel le héros d’un roman courtois, Gabriel ploie le genou devant Marie.

Quel que soit sa position, debout, assise ou agenouillée sur un prie-Dieu, l’attitude de Marie reste humble. Elle peut être représentée en méditation un livre à la main ou filant la pourpre destinée au voile du temple.

La représentation vestimentaire des personnages de la composition évolue aussi en fonction des époques et des régions. L’archange est soit habillé de blanc soit d’étoffes colorées et peut porter un sceptre ou tout simplement une fleur de lys blanc sans étamines pour saluer la pureté et la virginité de Marie.

De même, le cadre de cette rencontre évolue d’une mise en scène très simple à un cadre très élaboré voire fastueux, d’une chambre flamande au XVIIe siècle. L’art byzantin représente Marie sur un trône impérial.

N’oublions pas l’Esprit Saint est souvent représenté sous la forme d’un rayon qui frappe Marie ou d’une colombe qui descend vers elle.

 

 

 

L’Annonciation dans l’art

Voici ci-contre une représentation de Marie au puits, enluminure de manuscrit byzantin, XIIe siècle, BNF

Cette représentation est insirée du Protévangile de Jacques, vs XI, 1 : l’archange se présente deux fois à Marie :

  • une première fois alors qu’elle est en train de puiser de l’eau au puits,
  • une autre fois alors qu’elle file la laine destinée au voile du temple dans sa maison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette enluminure ci-dessus, L’Évangéliaire de Deir El-Zaafaran (XIIIe siècle), les deux apparitions de l’archange figurent en une seule image.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette icône, L’Annonciation dite "d’Ustjug" (fin XIIe, Galerie Tretiakov, Moscou), Marie file la laine du temple, et l’archange se dresse en face à face. Gabriel bénit Marie qui ne le regarde pas ; elle a déjà prononcé son "oui", "Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole !" (Lc 1, 38).

Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes, l’Esprit Saint est en elle, la conception est déjà réalisée. L’iconographe a choisi de marquer ce moment en laissant transparaître l’image de l’Emmanuel dans le manteau de la Théotokos. Un schéma iconographique qui ne sera pas retenu, certainement par pudeur.

 

1 Ibid N°217

 

 


Actualité publiée le 24 mars 2020