« La miséricorde, c’est comme être mère… »

Franco-japonaise et commingeoise d’adoption, Maïté prend soin de pèlerins passant par Saint-Bertrand-de-Comminges depuis plus de 10 ans. Une manière pour elle d’accueillir les gens comme elle aurait aimé être accueillie, tout au long de sa vie « fracassée », de tendre la main comme elle aurait voulu qu’on lui tende.

Plus que quiconque, Maïté connaît la fatigue et les douleurs du chemin. La route silencieuse fut longue pour elle aussi. Quand on l’interroge sur la miséricorde, elle répond : « Pour moi, c’est comme une mère qui porte son enfant dans son ventre, prête à donner sa propre vie pour le mettre au monde. » On sent derrière ces mots qu’une lourde histoire leur donne toute leur mesure. Violée par son beau-père pendant trois ans, subissant chantages et menaces, Maïté a gardé le silence plus de vingt ans. De longues années durant lesquelles elle reste sur cette voie obscure où on l’a conduite de force. Victime de personnes toxiques, elle tombe régulièrement dans les mêmes pièges, jusqu’à ce travail de relecture qui lui a permis de parler.

Maïté a enfin parlé, mais surtout, elle a pardonné. « Toute ma famille a été bouleversée quand j’ai dit que je ne lui en voulais pas. Vis-à-vis de lui, je ressentais de la pitié : il ne savait même pas le mal qu’il faisait.  » Comme elle aime souvent le rappeler, Dieu aime chaque homme comme son enfant, n’importe qui peut-être affecté par le mal. « Mon beau-père n’était pas lui-même quand il faisait ça. » De culture japonaise, Maïté voit chaque épreuve comme une étape pour avancer, pour comprendre. «  Le degré de ma souffrance a été tel qu’aujourd’hui, voyant ceux qui sont dans la détresse, je peux les comprendre, je leur tends naturellement la main, c’est plus fort que moi. Et je rends grâce pour cela. »

Trente ans après les faits, Maïté a eu « l’immense joie » d’accompagner son beau-père atteint d’un cancer alors au seuil de la mort. « C’est peut-être parce que j’ai énormément souffert que j’ai compris sa souffrance. » Avant de mourir, l’homme s’est confessé. « Trois jours après sa mort, j’ai su qu’il entrait dans la lumière. » Maïté et sa famille ont été témoins de signes extraordinaires. « Il y avait une lumière invraisemblable dans la maison, des fleurs blanches coupées commençant à se faner ont retrouvé spontanément leur fraîcheur…  »

Maïté n’a jamais pu physiquement être mère mais c’est autrement qu’elle a donné vie, en accompagnant cet homme vers la mort, dans les douleurs d’un accouchement au Ciel.

 

Valérie de Bouvet