Le sens des rites de la messe

 

 Pour une par­ti­ci­pation « pleine, consciente et active » des fidèles, qu’encourage le concile Vatican II, aux célé­bra­tions litur­giques, il convient de répandre lar­gement l’intelligence des rites sacrés et des textes les plus communs, en par­ti­culier ceux de la messe. C’est pourquoi, nous pro­po­serons un com­men­taire de l’Ordinaire de la messe en vue de mieux per­mettre une par­ti­ci­pation plus consciente et plus active à l’Action par excel­lence qu’est la célé­bration du chef-d’œuvre de l’Amour Divin, révélé et réalisé dans le Sacrifice du Christ.

 
 
 
Pour ce faire, nous nous réfé­rerons aux ouvrages de liturgie autorisés :
  • de Monseigneur Le Gall,
  • de Monseigneur Martimort,
  • du Magistère de l’Eglise
  • sans oublier la Pré­sen­tation Générale
    du Missel Romain (PGMR).

 Som­maire

  1. Le chant d’entrée ou introït
  2. La salu­tation du célébrant
  3. Le rite pénitentiel
    • le « je confesse »
    • les versets bibliques
    • le Kyrie développé,
    • l’aspersion de l’eau bénite.
  4. Le gloria
  5. la col­lecte

 

Le chant d’entrée ou introït

 

Du latin « introitus » : « entrée, action d’entrer », il évoque d’abord la pro­cession d’entrée de la messe. Les fidèles assemblés dans l’Eglise attendent le prêtre et ses ministres en exé­cutant un chant d’entrée, expressif à la fois de l’unité des voix et des chœurs, et de la tonalité du jour.

Le prêtre (ou l’évêque) et l’assemblée sont les pro­ta­go­nistes essen­tiels de l’acte sacré par excel­lence qu’est le sacrifice eucha­ris­tique. Les chré­tiens réunis dans une église ne constitue d’aucune façon la réunion d’une quel­conque asso­ciation, ce ne sont pas les fidèles qui se réunissent d’eux-mêmes : Dieu les convoque, Dieu les ras­semble. Avant même que le prêtre n’arrive, qui repré­sente Dieu, la seule assemblée qui l’attend témoigne déjà de l’action divine.

Certes, on vient librement à la messe, mais notre décision d’y aller est en fait une réponse à un appel divin. Se rendre à l’église, c’est entendre l’invitation que Dieu nous adresse pour que nous entrions dans le mystère de l’Alliance. Quand l’assemblée attend le prêtre dans la joie du chant, elle est iden­tifiée à l’épouse qui attend le repré­sentant qualifié de son époux.
Quand une assemblée est unie à celui qui la préside au Nom et dans la Per­sonne du Christ, elle constitue le signe vivant de l’Epouse adhérant à son Epoux, et, au-​​​delà du Fils qui demeure dans le sein du Père en l’unité du Saint-​​​​​​​​​​Esprit.

Tel est le sens profond de l’accueil du célé­brant par l’assemblée. On perçoit l’importance de l’union des voix qui exprime de manière exté­rieure l’union des cœurs qui chantent déjà leur louange au Sei­gneur. C’est pourquoi, il est important de laisser nos cœurs chanter en chœur, que tous par­ti­cipent au chant et, arrivent à l’heure pour ce faire…Tandis que l’assemblée fait donc ovation, pour ainsi dire, à son prêtre, qui repré­sente le Christ, celui-​​​​ci gagne le sanc­tuaire, c’est-à-dire le lieu le plus sacré de l’église, où se trouve l’autel.

En dehors des atti­tudes d’adoration dues au Saint Sacrement (génu­flexions), l’autel plus même que la croix a droit aux gestes de véné­ration de tous. Les fidèles expriment ce respect par une incli­nation pro­fonde, comme les prêtres et les ministres, chaque fois qu’ils passent devant, ou qu’ils entrent dans le sanc­tuaire, ou quand ils le quittent après avoir rempli leur ministère (lecteur, psal­miste, pro­cession des offrandes et quête, prière uni­ver­selle, ani­mation du chant, etc). Le célé­brant, évêques, prêtres ou diacres, au début de la messe, vont baiser l’autel. Seul le célé­brant prin­cipal refera ce geste à la fin de la messe. Aussi, car ils ont les mains consa­crées, l’évêque et les prêtres posent les mains sur l’autel quand ils accom­plissent ce geste du baiser de l’autel.

S’il le veut, le célé­brant peut encenser l’autel, sa surface et son pourtour. Il va ensuite au lieu de la pré­si­dence (là où se trouve son siège) pour ouvrir la célé­bration par le signe de la croix que tous font avec lui. Seul le célé­brant pro­nonce les paroles et l’assemblée répond uni­quement « Amen ». Le chant d’entrée s’arrête que lorsque le célé­brant a rejoint son siège car c’est à ce moment-​​​​​​​là que s’achève la pro­cession d’entrée que le chant accompagne.

 


La salu­tation du célé­brant

 

Après le signe de la croix fait par tous mais pro­noncé par l’Evêque ou le prêtre célé­brant et auquel l’assemblée a répondu « Amen », le signe par lequel toute l’assemblée s’est reconnue et a mani­festé sa foi,, le célé­brant salue les fidèles par le plus beau souhait que l’on puisse faire à des chré­tiens.
Plu­sieurs for­mules sont pro­posées par le Missel Romain : la plus brève : « Le Sei­gneur soit avec vous » (l’Evêque peut dire « La Paix soit avec vous »), sou­haite que le Sei­gneur fasse en chacun sa demeure. La réponse de l’assemblée : « Et avec votre esprit » exprime le désir de l’assemblée que l’esprit, qui repré­sente la grâce de l’Esprit-Saint reçu par le ministre sacré au jour de son ordi­nation, accom­pagne ce même ministre tout au long de la célé­bration qu’il préside.
Le geste du prêtre qui ouvre lar­gement les bras et les mains, signifie et opère le don de la pré­sence divine. Ce simple dia­logue est révé­lateur de ce qu’est la liturgie : Dieu se donne par l’intermédiaire de ses ministres, et à ce don répond la foi du peuple.

 
 

Le rite pénitentiel

 

Pour pro­fiter de la Parole de Dieu qui va nous être transmise et du sacrifice eucha­ris­tique qui nous sauve, il importe au préa­lable que nous recon­nais­sions en avoir besoin. Le célé­brant peut intro­duire cette invi­tation à la péni­tence par une monition. Une monition veut dire que l’on peut adopter la formule pro­posée ; elle se reconnaît car on précise la formule avec l’expression « par exemple ». Quelques ins­tants de silence seront pro­fi­tables pour laisser chacun exa­miner quelque peu sa conscience.
Quatre for­mules sont pos­sibles : le « je confesse » ; les deux versets tirés de l’Ecriture ; le Kyrie déve­loppé, et l’aspersion de l’eau bénite.

 

Le « je confesse »

 

par lequel tous se recon­naissent pêcheurs devant Dieu, les autres, la Vierge Marie, les anges et les saints. Il est signi­fi­catif que le « je confesse » nous fasse demander la prière des autres : soli­daires dans le péché, nous le sommes aussi dans la sainteté, même fort impar­faite ; c’est le dogme de la com­munion des saints ! En « Dieu tout puissant » il faut entendre « tout puissant d’amour » ce qui veut dire qu’on confesse avant tout l’amour de Dieu dont on sait qu’il est pardon. Aux paroles « Oui j’ai vraiment péché », l’Eglise précise que chacun se frappe la poi­trine (une fois). C’est le seul endroit de toute la messe où ce geste doit être fait par tous. Nous n’avons donc plus à le faire à l’« Agneau de Dieu » ni au « Sei­gneur, je ne suis pas digne de te recevoir » avant la com­munion !

Le célé­brant conclut par une formule d’absolution : « Que Dieu tout puissant nous fasse misé­ri­corde… ». Cette formule d’absolution n’est pas sacra­men­telle, c’est-à-dire qu’elle n’opère pas d’elle-même le pardon des péchés, comme le réalise celle du sacrement de péni­tence. Elle implore le pardon plutôt qu’elle ne l’effectue. Il ne convient pas de faire à ce moment-​​​​là un signe de croix qui n’est pas prévu par l’Eglise. On pren­drait, me semble-​​​​t-​​​​il, le risque d’une ambi­guïté dom­ma­geable qui pourrait laisser penser ou croire que cette formule d’absolution serait de la même valeur que celle du sacrement de pénitence.

 

Les versets bibliques

A la place du « Je confesse » une pre­mière pos­si­bilité, empruntée, dans sa formule, à des phrases de la Bible, nous est offerte. A une forme de sup­pli­cation adressée à Dieu l’assemblée répond comme pour jus­tifier cette invo­cation. « Sei­gneur, accorde-​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​nous ton pardon » (Ps 122) « Nous avons pêché contre Toi » (Jn 14,20) poursuit l’assemblée. « Montre-​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​nous ta misé­ri­corde » (Ps 84) continue le célé­brant ou le chantre « Et nous serons sauvés ! » (ib.) conclue l’assemblée. Ces versets bibliques peuvent être dits ou chantés.

 

Le kyrie développé

C’est une autre forme d’acte péni­tentiel qui est pro­posée. C’est un déve­lop­pement du kyrie (et qui en tient lieu) qui s’adresse tou­jours au Christ même s’il y est fait mention des trois Per­sonnes tri­ni­taires. Le kyrie s’adresse au Christ. Habi­tuel­lement les invo­ca­tions « Prends pitié » ou « Sei­gneur, prends pitié » ou encore « prends pitié de nous » se font deux fois. La mélodie peut parfois demander que ce soit davantage, notamment des mélodies gré­go­riennes.
Après ces deux for­mules, versets bibliques ou kyrie déve­loppé, est pro­noncée par le célé­brant la formule sacra­mentale : « Que Dieu tout-​​​​​puissant nous fasse misé­ri­corde… » comme pour le « Je confesse ».

 

La béné­diction de l’eau et l’aspersion

Seulement aux messes domi­ni­cales (c’est-à-dire pas en semaine !), le rite de la béné­diction de l’eau et l’aspersion peut tenir lieu de la pré­pa­ration péni­ten­tielle. Il constitue la reprise d’un rite de la Vigile pascale et se veut être un rappel de notre baptême. Après avoir salué l’assemblée, le célé­brant l’invite à prier quelques ins­tants en silence, puis il bénit l’eau en uti­lisant l’une des for­mules prévues dans le Missel. L’une de celles-​​​​ci est propre au Temps pascal.
Cette béné­diction de l’eau peut être suivie de la béné­diction du sel (tou­jours facul­tative) confor­mément à une antique tra­dition. Le sel entrait dans la com­po­sition des offrandes litur­giques dans l’Ancienne Alliance. Dans l’Evangile, le Sei­gneur compare ses dis­ciples au sel : leur rôle est de répandre le goût de Dieu dans le monde, ce qui suppose qu’ils ne s’affadissent pas (Mt 5,13) ! Le sel ne trouve sa place dans la liturgie que dans le rite de la béné­diction de l’eau. Pour le bénir, avant de le mélanger à l’eau, le prêtre pro­nonce une formule qui fait allusion à un épisode du cycle du pro­phète Elisée assai­nissant les eaux pour le sel (2 R2, 19-​​22) : le sel mêlé à l’eau est le symbole de la puis­sance vivi­fiante de l’Esprit de sagesse.
Quand il a mis le sel béni dans l’eau bénite, le prêtre, assisté d’un ministre portant le bénitier reçoit le gou­pillon (ou aspersion), se signe le front et procède à l’aspersion de l’assemblée, en cir­culant dans l’église tandis que l’on chante un can­tique approprié. Pour l’aspersion, le prêtre peut aussi uti­liser un rameau de buis ou un petit faisceau de feuillages. L’aspersion ter­minée, le prêtre revient à son siège et pro­nonce la prière qui conclue ce rite d’aspersion dont la formule se trouve dans le Missel.

Les pro­ces­sions

Au 2 février comme au dimanche des Rameaux, la béné­diction des cierges et des rameaux et la pro­cession qui suit cette béné­diction tiennent lieu de rite pénitentiel.

 
 

Le Gloria

 

 Après l’acte péni­tentiel et le Kyrie, éven­tuel­lement après l’aspersion, le célé­brant entonne le Gloria : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». On le chante, ou on le récite tous les dimanche – sauf en Avent ou en Carême – à chaque Solen­nités et Fêtes.

 C’est un chant de louange, plutôt un hymne de louange, tri­ni­taire qui chante, qui loue suc­ces­si­vement le « Sei­gneur Dieu, Roi du Ciel, Dieu le Père tout-​​​​​​Puissant », le « Sei­gneur, Fils unique, Jésus-​​​​​​Christ, Agneau de Dieu, le Fils du Père », « avec le Saint-​​​​​​Esprit dans la Gloire de Dieu le Père ». Venu du Père, la Gloire, qui est un des noms de la vie divine, débord sur le Fils qui est le « res­plen­dis­sement de la gloire du Père » (He 1, 3), dans celui que Saint Pierre appelle « l’Esprit de Gloire » (1P 4, 14).

 Dans la liturgie, l’assemblée reçoit com­mu­ni­cation de la Gloire du Père par le Fils et dans l’Esprit ; comme le Fils, et grâce à l’Esprit du fils, elle « rend gloire », elle répète « Gloria » !

 Ses paroles sont pré­cises ; il convient de les res­pecter et de ne pas choisir un chant avec d’autres paroles même approchantes !

 
 

La col­lecte

 

 Il ne s’agit pas de la quête mais de la pre­mière des trois oraisons de la messe. Elle porte ce nom parce qu’elle « col­lecte » et réunit les diverses demandes des fidèles dans une seule prière ; c’est le rôle du célé­brant prin­cipal de pré­senter à Dieu, au nom de la com­mu­nauté ras­semblée, le condensé de la prière de tous.

 Pour mieux marquer la fonction de la col­lecte, qui conclut les rites ini­tiaux de la messe, il est recom­mandé de ne la pro­noncer, après l’incitation d’usage « Prions le Sei­gneur », qu’après un petit temps de silence pendant lequel chacun peut for­muler inté­rieu­rement ses demandes, avant que le célé­brant ne les ras­semble en une seule gerbe. La formule de conclusion : « Par Jésus-​​​​​​Christ » ou « Lui (Jésus) qui règne en Toi… » rap­pelle l’enseignement de Jésus qui nous assure que « tout ce que vous deman­derez au Père en mon Nom, Il vous l’accordera ». A la fin de la col­lecte, comme pour toutes les oraisons, l’assemblée ratifie par l’ « Amen » les paroles du célébrant.

 L’acclamation « Amen » exprime l’assentiment. Dire (ou chanter) « Amen » c’est consentir à ce qui vient d’être dit ou fait. Dans la liturgie, l’Amen est l’acte de consen­tement du Peuple à l’Œuvre de Dieu, telle que les ministres l’exercent ; il est aussi son acte d’adhésion aux prières faites en son nom par le célé­brant. On ne saurait trop donner d’importance à ces « Amen » qui sont une des prin­ci­pales manières, pour l’assemblée, d’exprimer sa par­ti­ci­pation pleine, consciente et active à ce que Dieu fait pour elle et avec elle par ses ministres ordonnés.

 Les rites ini­tiaux de la messe s’achèvent avec l’ « Amen » de la Prière d’Ouverture (ou col­lecte) : il signifie que l’assemblée est prête à recevoir les dons de Dieu le Père par le Fils et dans l’Esprit que lui appor­teront la liturgie de la Parole et la liturgie eucha­ris­tique ; elle les fera plei­nement siens dans la communion.

 Jusque-​​​​​​là, l’assemblée était debout ; elle peut s’asseoir pour écouter des lec­tures jusqu’à l’acclamation de l’Evangile.

 

Biblio­graphie :
PGMR ; Céré­monial des Evêques ; La messe au fil de ses rites - Dom Robert Le Gall ; Dic­tion­naire de liturgie (ib)

 

 

http://www.eglise.catholique.fr/con...