Les objets de dévotion

Avant d’évoquer les objets de dévotion les plus représentatifs de nos églises, il convient de définir ce qu’est une dévotion ou ce que représentent les dévotions aux yeux du croyant, tout en sachant que leur nombre incalculable en fonction des lieux et des époques, rend plus complexe notre démarche.
 

Que sont les dévotions ?

 
Appelées « pieux exercices du peuple chrétien » au paragraphe 13 de la Constitution sur la Liturgie, elles concernent toute action religieuse communautaire, librement pratiquée par les fidèles qui trouvent en elles le moyen de fortifier pleinement leur foi. Selon les sensibilités de chacun les dévotions peuvent s’adresser au Christ, à la Vierge Marie, aux anges ou aux saints de Dieu. Si elles ne se substituent pas à la liturgie elles peuvent néanmoins être une forme d’introduction à celle-ci.

 

Pour se recueillir le croyant dispose dans les églises de différents lieux organisés autour de l’espace liturgique ; ce sont les chapelles dédiées à celui ou celle avec qui il souhaite se mettre en relation. Afin de favoriser le recueillement l’art sacré se met au service de toute forme de dévotion par l’orfèvrerie destinée à recevoir les reliques des saints, la statuaire, la peinture (que nous n’aborderons pas ici) ou les stations du chemin de croix du Vendredi Saint.
 

Quelle est l’origine du culte des saints ?

 
Dès le IIIème siècle, les chrétiens ont pris l’habitude de se réunir sur le lieu du supplice des martyrs ou sur leurs tombes. Ces chrétiens qui avaient témoigné de leur foi jusqu’au bout étaient devenus pour les fidèles des modèles que l’on sollicitait pour intercéder auprès de Dieu.

 

Au IVème siècle, époque où les chrétiens ont pu célébrer leur foi au grand jour, des basiliques assez vastes et nombreuses pour les réunir ont été construites sur les tombes mêmes de certains saints martyrs, ou en les y invitant en y transférant leurs reliques. Dans les deux cas, les églises étaient alors placées sous leur patronyme.

 

Les pèlerins venus à Jérusalem ou Rome ont eux-mêmes cherché à ramener les précieuses reliques qui seront déposées sous l’autel de leurs propres lieux de rassemblement. Rapidement la sainteté n’est plus réservée aux martyrs. Ermites, moines évangélisateurs, vierges ou veuves consacrées sont à leur tour déclarés saints ou saintes donc susceptibles d’apporter leur protection. La plus vénérée étant la Vierge Marie depuis le Vème siècle.

 

Dès le IVème siècle se constituent des listes de martyrs locaux mentionnant leur vie, la date de leur mort et le lieu de leur déposition. A chaque date anniversaire les fidèles étaient convoqués près de leur tombe pour entendre le récit de leur passion et célébrer l’Eucharistie. La compilation de ces calendriers donnera naissance au premier martyrologe dit de Saint Jérôme au VIème siècle.

 


Les reliquaires :

 

Du latin reliquiae : « ce qui reste », « restes », « ossements ».

 

On appelle relique un fragment du corps d’un saint ou d’un bienheureux, ou un objet lui ayant appartenu ou ayant été en contact avec lui. Le culte des reliques remonte aux premiers siècles du christianisme et a pour origine le culte des martyrs sur les tombeaux desquels l’on priait ou célébrait l’eucharistie. Aujourd’hui, l’Eglise célèbre toujours l’eucharistie sur les reliques des saints. Elles sont déposées sous les autels fixes (ou les pierres d’autel), incluses dans des petites cavités appelées « sépulcres » et rappellent que le sacrifice des saints est en lien avec le sacrifice du Christ.

 

Les reliques des saints sont présentées à la vénération des fidèles dans des coffrets appelés reliquaires ; ceux-ci étaient portés en procession à l’occasion de menace de péril pour la population (guerres, sécheresse, inondations…). Parfois de véritables chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie, ils peuvent avoir toutes sortes de formes et de dimensions en fonction des styles et des époques. Ce peut être une chasse permettant la conservation d’un corps en son entier, des monstrances, des médaillons, des statues ou des bustes reliquaires ; il existe aussi des reliquaires anthropomorphiques reproduisant la partie du corps conservée.

 

Les reliques sont authentifiées par un certificat et le sceau épiscopal. La vente des reliques est formellement interdite. (Code de droit canonique : CIC 2009, 1190-§1)
 


Les Statues :

 

Nos églises abritent de nombreuses statues en bois, en pierre, en terre cuite ou en plâtre, il en existe même en carton stuqué ; le matériau dont elles sont faites varie en fonction de leur époque d’origine et de leur destination première.

 

Les plus fréquentes sont les statues en plâtre polychrome du XIXème siècle dites saint-sulpiciennes illustrant un regain de la dévotion populaire aux saints, phénomène typique de cette époque.

 

La statuaire sert tout particulièrement le culte des saints :

 

Il reste peu de témoignages artistiques antérieurs au XIIème siècle. Les quelques vestiges présents ici ou là nous enseignent que ce sont les saints locaux, glorifiés pour leur vie exemplaire mais aux histoires bien souvent légendaires, qui ont inspiré les artistes. Ce sont des images codifiées qui sont parvenues jusqu’à nous. Marie-Madeleine aux cheveux longs, sainte Barbe à la tour, saint Jacques à la coquille, etc.

 

C’est à cette époque d’épidémies meurtrières (Grande peste) que se développe le culte des saints guérisseurs parvenus jusqu’à nous : Saint Roch ou Saint Sébastien invoqués en temps de peste, Sainte Quitterie et tant d’autres. L’efficacité de leur protection a été démontrée par des miracles.

 

Au XVIème siècle, dans la tourmente des guerres de religion, une large part du patrimoine religieux de cette époque troublée, a été détruite ou a disparu, comme plus tard, aussi, lors de la Révolution. Certaines de ces œuvres ressurgissent parfois à l’occasion de travaux car ont été précieusement et saintement enterrées au moment des faits.

 

Depuis le XIXème siècle de nombreux saints canonisés par l’Eglise sont venus rejoindre leurs prédécesseurs des premiers temps du christianisme ; citons entre autres Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, le Curé d’Ars, Sainte Germaine de Pibrac etc.
 
 

Le culte à Marie : le plus développé

 

Marie Mère de Dieu, la Théotokos, est célébrée dès 420 à Jérusalem le 15 août. Des fêtes particulières à Marie se mettent progressivement en place par la suite dans le monde chrétien avant que ne se développe au Moyen-âge le culte de la Vierge. Celui-ci s’est développé et diversifié jusqu’à nos jours prenant différentes formes en fonction de leur signification.

 

Le plus ancien culte dédié à la Vierge Marie dans notre Diocèse est incontestablement celui qui lui fut offert dès le Vème siècle dans l’église Notre-Dame de la Daurade à Toulouse, célèbre aujourd’hui encore pour sa Vierge noire.

 

Il existe différentes formes de culte à la Vierge Marie d’où la grande variété des représentations mariales présentes dans nos églises. C’est tout naturellement vers l’une ou l’autre de ces représentations que le croyant se tournera en fonction de sa propre sensibilité.

 

La prière du croyant peut se faire en lien avec des épisodes de la vie de Marie : l’Annonciation, la Visitation, l’Assomption ou son Couronnement. Ce peut être aussi la Déploration du Christ ; Marie recevant son fils mort sur ses genoux rejoint toute douleur humaine, en particulier celle d’une mère qui a perdu un enfant.

 

Les figures de Marie sont variées et font l’objet de dévotions :

 

Les Vierges d’apparition, la plus connue étant celle de Lourdes reconnaissable à son vêtement blanc et sa ceinture bleue. La Vierge est aussi apparue à la Salette, à Pontmain ou à Fatima, à chaque fois décrite avec précision par les voyants.

 

Parmi les figures de Marie les plus représentées retenons, entre autres, les Madones à l’Enfant et la vierge de l’Apocalypse foulant le serpent.

 

Pour terminer notre approche du culte à la Vierge Marie, mentionnons la prière du Rosaire grâce à laquelle le croyant contemple avec Marie, le visage du Christ, porté par la récitation alternée du chapelet et la contemplation des mystères de Marie.

 
 

Le chemin de croix :

 
 

Le chemin de croix occupe une place privilégiée au sein de la communauté paroissiale durant le temps du Carême. Il est composé d’un ensemble de 14 croix appelées stations, souvent accompagnées de tableaux illustrant la Passion du Christ. Ces stations jalonnent le chemin méditatif vers Jérusalem parcouru par le croyant, pèlerin sur les pas du Seigneur. L’écoute d’un texte méditatif de la Parole de Dieu et la contemplation de la représentation de la scène à laquelle il est associé invite chacun à actualiser le mystère de la Passion du Christ dans sa vie.

 

Le chemin de croix provient à l’origine d’une dévotion très ancienne à la Passion du Christ et qui s’est développée au XIIème siècle, autour non seulement de la Pietà, mais aussi de représentations de la Sainte-Face ou des plaies du Christ.

 

Vers le XIVème ou XVème siècle, les franciscains proposaient aux pèlerins venus à Jérusalem, de participer à la Passion du Christ en parcourant le chemin allant du tribunal de Pilate au calvaire en s’arrêtant aux différents lieux mentionnés dans les évangiles. Plus tard ils inventèrent des représentations de ces lieux, destinées à ceux qui ne pouvaient faire le déplacement vers Jérusalem.

 

Le chemin de croix tel que nous le connaissons a été fixé au XVIIème siècle. Promu par les Franciscains, il s’est essentiellement développé en France au XIXème siècle. Très figuratif au départ, il peut prendre aujourd’hui des formes inspirées au gré de la sensibilité des artistes qui les composent.