Pâques : résurrection ou réincarnation ?

40 % des Occidentaux de culture chrétienne croient à la transmigration des âmes et au passage d’un corps à un autre après la mort. Dans ce contexte, rappelons qu’il existe plusieurs différences entre la résurrection de la chair et la réincarnation.

La foi en la résurrection est un appel au sérieux de la vie. Nous n’avons qu’une vie pour décider de notre destinée éternelle, nous ne disposerons donc pas d’existence de rechange. Nos actes ici-bas ont un poids d’éternité. Qui dit existence unique dit personne unique et notre dignité tient à ce que nous sommes irremplaçables. Parce que je ressuscite avec mon corps, mon individualité n’est pas niée. Dans la réincarnation, au contraire, je « suis » plusieurs personnes ou avatars. Dans ce cas-là, le corps n’est qu’une enveloppe extérieure de peu d’importance : j’en change au fur et à mesure des transmigrations de l’âme. Avec la Résurrection, je ressusciterai avec mon corps propre, même s’il sera différent de ce qu’il est actuellement.

Mais il existe une autre divergence : la réincarnation fait reposer le salut sur l’effort de l’homme, tandis que le christianisme considère que le salut est d’abord donné par Dieu. La réincarnation se transforme insidieusement en moralisme, et génère beaucoup de culpabilité. Plus on a démérité, plus on se réincarne dans un corps vil. Si bien que les actes antérieurs collent indéfiniment à la peau de leurs auteurs. Au contraire, dans le christianisme, ma vie n’est grevée d’aucune hypothèque liée à une existence antérieure. J’en décide librement. Au départ je n’ai aucun passif à apurer.

Enfin, alors que la foi chrétienne promeut le plus grand épanouissement possible pour chaque personne, le but de la réincarnation consiste en une plongée dans la divinité suprême, agent de l’effacement de son individualité.

En soulignant ces différences, il ne s’agit pas de discréditer une religion, mais de bien discerner les enjeux de la Résurrection en laquelle sont renés les baptisés de la nuit de Pâques.

Jean-Michel Castaing,
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