Psaume 123

Méditation de Monseigneur LE GALL

"Comme un oiseau, nous avons échappé "

 

Les attaques continuent avec violence : violence d’assauts coléreux, violence déferlante comme des flots en furie. C’est dans ce contexte périlleux que le psalmiste prend conscience de la protection qui lui vient de son Dieu et qu’il a l’occasion de placer sa confiance en lui, comme l’exprimait le psaume précédent.

Dans les temps où nous sommes, il n’est pas difficile d’appliquer ce psaume à notre situation : les attentats de Daech (Isis en anglais) se multiplient de façon sporadique et imprévisible dans le monde, notamment l’égorgement de l’abbé Jacques Hamel à Saint-Étienne du Rouvray ; les responsables politiques jouent un jeu dangereux et sont plus intéressés par leur place que par le bien commun dont ils ont la responsabilité ; l’irrespect porté à la nature, pillée avec une inconscience grave ; la crise mondiale de l’économie, avec les énormes injustices est-ouest et surtout nord-sud ; l’impossible gestion des migrants qui en est la conséquence ; avec les graves questions de société que nous traînons et qui touchent à l’identité de l’homme et au respect de la personne humaine, peut-être jamais autant bafouée. Pour un discernement sur ces dangers accumulés, il faut reprendre la Lettre encyclique du pape Benoît XVI sur La charité dans la vérité, portant sur la gratuité humaine qui doit présider aux échanges économiques ; celle du pape François sur La sauvegarde de la maison commune met en garde contre l’exploitation insensée des ressources de la terre ; enfin, l’Exhortation apostolique de notre pape François sur La joie de l’amour répercute la Bonne Nouvelle du mariage et de la famille dans une société qui perd ses repères. Tout cela peut « nous avaler tout vivants » ; ces flots peuvent nous submerger, même au sens littéral.

Dans ce contexte périlleux, il ne s’agit pas de faire la politique aveugle de l’autruche. Il faut plutôt agir, réagir ensemble, au nom de notre foi. Nous devons mieux prendre conscience de tous ces dangers graves, ne pas avoir peur, comme nous y exhortait le saint pape Jean-Paul II, et placer notre confiance dans le Seigneur. « Sans le Seigneur qui était pour nous », répète par deux fois le psalmiste quand il entonne son cantique. Et déjà résonne une action de grâce au cœur de l’angoisse : « Béni soit le Seigneur qui n’a pas fait de nous la proie de leurs dents ! » ( La « sensible » est, dans la gamme, la 7e note, le « si » en do majeur.).

L’image que prend le psalmiste chante la liberté, celle dont le pape François parlait aux jeunes de Cracovie, dès sa première rencontre avec eux. « Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur ; le filet s’est rompu : nous avons échappé » (Amoris lætitia, n. 36-49, 58.). Prions le Seigneur de nous rendre souples et agiles comme des oiseaux, prudents aussi pour ne pas nous laisser prendre aux pièges multiples qui risquent de nous plaquer au sol. Nous savons que net en anglais signifie « filet »  : ne nous laissons pas prendre au réseau de filets que constitue internet. Souvenons-nous des derniers mots de la première lettre de saint Jean : « Petits enfants, gardez-vous des idoles » (5, 21).

Le dernier verset du psaume est un cri de confiance en Dieu qui nous libère. Un Dominicain de la Province de Toulouse, le Père Vayssière, a été longtemps gardien de la Sainte-Baume, la grotte où l’on dit que sainte Marie-Madeleine s’était retirée. Quelqu’un ou quelqu’une venait d’exposer au Père ses problèmes au cours d’une marche du soir là-bas. En guise de réponse, il prit sa large cape noire dominicaine, lui fit faire un beau cercle, tandis qu’il regardait la voûte étoilée et s’écriait avec notre psalmiste  : « Notre secours est le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre » (Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 129, dans Saint Augustin : Prier Dieu. Les Psaumes, Cerf, Paris, 1964, p. 149.)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Psaume 123


 Sans le Seigneur qui était pour nous,
- qu’Israël le redise -

Sans le Seigneur qui était pour nous
quand des hommes nous assaillirent,

 Alors ils nous avalaient tout vivants,
dans le feu de leur colère.

Alors le flot passait sur nous,
le torrent nous submergeait ;

Alors nous étions submergés
par les flots en furie.

Béni soit le Seigneur 
qui n’a pas fait de nous la proie de leurs dents !

Comme un oiseau,
nous avons échappé au filet du chasseur ;
le filet s’est rompu : nous avons échappé.

Notre secours est le nom du Seigneur 
qui a fait le ciel et la terre.

 
Traduction AELF
 Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones