Une soirée à la synagogue Palaprat à Toulouse

Semaines de la Fraternité

Une soirée à la synagogue Palaprat à Toulouse


L’Éternel dit à Caïn : "Où est Abel ton frère ?"
Il répondit : "Je ne sais ; suis-je le gardien de mon frère ?"

(Torah, Genèse 4,9)

Mardi soir, alors que nous étions au cœur des Semaines de la Fraternité, une assemblée multiconfessionnelle se réunissait à la synagogue Palaprat pour une nouvelle soirée des religions. Le culte israélite à qui revenait le tour de proposer la rencontre, avait choisi pour thème "Judaïsme et citoyenneté".

C’est le rabbin Yossef Matusof, ancien aumônier de la prison Saint-Michel pendant de nombreuses années, qui nous a accueillis le premier dans la salle de prière qui correspond au rite séfarade avec la Bimah en bois située au milieu de la salle. Tout autour, l’assemblée a écouté la présentation du lieu dont la création remonte à 1867, soit bien avant les lois sur la laïcité. Un lieu historique donc, pour décrire la place du judaïsme dans notre société actuelle, à la lumière de la citoyenneté, également un lieu symbolique du sujet qui nous rassemblait ce soir-là, la fraternité.

C’est ensuite le rabbin Doron Naïm, nouvellement arrivé de Guadeloupe à Toulouse qui a exprimé sa joie et sa fierté de participer à une telle manifestation, soulignant au passage sa surprise, loin d’imaginer depuis sa familiale et chaleureuse Guadeloupe qu’une telle expérience de "vivre-ensemble" puisse avoir lieu dans une si grande ville de France.
Or c’est ce même souffle de fraternité auquel la communauté juive participe en célébrant ses grandes fêtes de Tichri, en particulier lors du dernier jour de Soukot, lors de la fête des cabanes, d’Hochana Raba et tout récemment Yom Kippour. Il a également précisé qu’elle s’inscrivait tout à fait dans l’esprit du grand rabbin de France qui dans le Consistoire a lui aussi placé la toute nouvelle année sous le sceau de la fraternité, avec la devise "patrie et religion".

Puis c’est Roger Attali, vice-président du CRIF Midi-Pyrénées, qui a pris la parole. Dans un très brillant exposé, il a retracé le rapport très ancien entre le judaïsme et la citoyenneté française, soulignant son "histoire d’amour avec la France" et étayant au passage la complexité particulière du culte en question.

L’histoire du judaïsme n’est non seulement pas isolée mais participe de surcroît à jouer un rôle non négligeable dans l’histoire des peuples, en contribuant activement aux progrès de l’humanité. Depuis 6000 ans d’existence, le judaïsme procède de la foi, du religieux, de la philosophie, du culturel, de l’histoire, la sagesse, l’enseignement... "On étudie le judaïsme", a dit Roger Attali, "on ne naît pas juif mais on le devient". Alors qu’est ce que c’est que d’être juif ? Qu’est ce qui définit cette identité ? Plusieurs éléments de réponse ont été apportés, décrivant un code d’un comportement exigeant, insistant sur la notion d’espérance, la conception de la transcendance et de l’existence de Dieu (les juifs ont été les premiers à proclamer le monothéisme). Loin d’être un pavé de dogmes à étudier, le judaïsme doit être abordé comme des préceptes qui régissent un ensemble de bénédictions et de rites, et consiste en une étude approfondie de la loi. L’homme, bien que créé par Dieu, est ontologiquement différent, séparé de lui. Pour être juif, il faut non seulement obéir à Dieu, mais être responsable des autres, d’où la notion de fraternité. Rappelons que la fête de Yom Kippour, la fête du pardon, exige que l’on aille demander pardon à celui que l’on pense avoir offensé.

550 000 juifs vivent sur le sol français, soit moins de 1% de la population française. Même modeste, cette communauté a su perdurer au travers de l’histoire et de ses tragédies grâce à sa fidélité ancestrale à ses coutumes les plus anciennes et à ce qu’elle a toujours été, tel un fidèle miroir.

La Révolution française a permis l’émancipation des juifs en leur octroyant de nouveaux droits (l’égalité par rapport à leurs concitoyens et, en 1791, la nationalité française alors qu’ils étaient jusque-là considérés comme des parias). C’est également Napoléon qui a décidé des Consistoires en France. Aussi ce peuple est-il reconnaissant à la France qui lui a donné des droits et qui les a adopté comme ses enfants. L’affaire Deyfus à la fin du XIXème est arrivée dans un contexte tout autre et a laissé des sentiments tenaces d’amertume. Ambiance pesante et hostile qui s’est perpétuée jusqu’en 1940. De citoyens légaux français, ils ont été mis hors la loi, progressivement écartés des lois françaises jusqu’à être les objets de lois et de décrets d’exception, les conduisant à l’isolement, à la spoliation et à un abaissement. Après la guerre, les juifs ont eu vingt années de répit avant que deux attentats, ceux de la rue Copernic et de la rue des Rosiers ne ternissent le climat en France. De fait, depuis les années 2000, les juifs de France constatent de nouveau une mauvaise ambiance, voient un antisémitisme revenir et un climat de haine s’installer progressivement.

L’exposé s’est conclu par une définition sans appel "Nous sommes avant tout des hommes et des citoyens français", en nous réclamant de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité chères à la France. De grandes figures, telles Simone Weil, Robert Badinter et tant d’autres, ont rappelé fortement les valeurs essentielles que sont le respect mutuel, la tolérance, l’altérité... dans les combats qui ont été les leurs. Aujourd’hui, il s’agit de préparer l’avenir, faire grandir la raison contre l’ignorance et l’obscurantisme et "c’est un défi exaltant pour les juifs qui sont conscients qu’ils sombreront sinon dans le chaos". Ainsi l’enjeu des prochaines années réside-t-il dans la fraternité. Or "quel plus grand bonheur que d’être le gardien de son frère ?"

 

Prochaine soirée des religions : mardi 10 octobre, avec le culte protestant, sur le thème : "Le protestantisme dans la musique". RDV à 20h30 au temple du Salin, 4 impasse de la Trésorerie à Toulouse.

 


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