Homélie de la messe chrismale 2020

MESSE CHRISMALE

EN LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE

LE MERCREDI 27 MAI 2020


Tous ces jours, frères et sœurs, nous sommes dans la grande prière de Jésus à son Père avant sa Passion. Dimanche et lundi, nous avons entendu la première partie de cette sorte de préface – au sens liturgique du mot – du Mystère pascal : « Père, l’Heure est venue !  » (Jn 17, 1). Cette Heure, redoutée, attendue, consentie par Jésus, qui fait toujours ce qui plaît au Père, est celle de l’amour qui va jusqu’au bout. Heure du repas pascal qui anticipe, dans l’Eucharistie instituée, le sacrifice du Calvaire. Jésus l’avait dit à ses disciples au début de la dernière Cène : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15).

Oui, frères et sœurs, nous aussi avons désiré d’un grand désir vivre la Pâque du Seigneur ensemble. « L’Heure est venue ! » Il nous est possible enfin, de façon nécessairement limitée, de célébrer la messe chrismale : il ne convenait pas de la maintenir au Lundi saint avec seulement une dizaine de personnes, comme pour les autres offices de la Semaine sainte, car elle suppose la participation de prêtres et de fidèles ; elle intéresse surtout ceux qui vont recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et communion) ou le sacrement de l’ordre ; elle nous parle, en ce temps de pandémie, quand elle prépare le sacrement des malades. En effet, la consécration du saint-chrême, la bénédiction de l’huile des catéchumènes et de l’huile des malades sont nécessaires pour la célébration des sacrements. Maintenant qu’il est redevenu possible, avec toutes les précautions indispensables, de proposer tous ces sacrements, il devenait urgent de renouveler ces huiles saintes qui doivent être « confectionnées », comme on le dit dans le langage liturgique, au cours de la Semaine sainte ou tout au moins du Temps pascal. Il était temps ! Bénissons le Seigneur !

Je bénis aussi le Seigneur pour la façon dont les pasteurs et les fidèles de notre diocèse ont su trouver ou retrouver d’autres manières d’exprimer et de nourrir leur foi. Radios, visioconférences, liens internet ont pleinement joué leur rôle non seulement de suppléance, mais aussi de propositions nouvelles pour suivre des célébrations à tous niveaux (paroisses, diocèse, messe du Pape à Sainte-Marthe) et pour en vivre en famille à domicile, sans oublier la vivifiante Newsletter de chaque jour aux « Catholiques confinés ». Il est heureux que nous ayons pu nous asseoir plus longuement à la table de la Parole de Dieu et aussi à la « table du frère » dans cet élan de solidarité auprès des malades du Covid-19 et des soignants. Mais il nous tardait, sans jamais oublier ces deux tables de la Parole et du frère, généreusement disposées, de nous retrouver à la table du Corps et du Sang du Seigneur, pour mieux vivre encore les deux premières.

La messe chrismale est toute imbibée de la rosée de l’Esprit Saint, toute imprégnée de son onction. Nous l’avons entendu dans le prophète Isaïe : «  L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé  » (61, 1). Avec la pandémie du coronavirus, le monde est humilié, appauvri et beaucoup sont brisés : il va nous falloir du temps pour panser nos blessures et mettre du baume sur nos plaies. Continuons donc de prendre soin des autres, de prendre soin de nous. Le prophète, animé par l’Esprit, est invité à « proclamer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur » ; il est envoyé pour « consoler tous ceux qui sont en deuil, mettre le diadème sur la tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête (pallium laudis : littéralement un pallium, un manteau, de louange) au lieu d’un esprit abattu » (61, 2-3).

Il nous est bon, bienfaisant, de célébrer cette messe des huiles saintes en la grande neuvaine ecclésiale à l’Esprit Saint qui va de l’Ascension à la Pentecôte. L’Esprit est le Consolateur, comme nous le chantons dans le Veni, Creator. Au tout début de sa seconde lettre aux Corinthiens, Paul revient constamment sur la consolation, sur le réconfort que Dieu nous donne en nos épreuves : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ; ainsi nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu », et ça continue sur toute une page (1, 3-4). C’est lui qui conforte notre unité, selon ce que demande Jésus ce jour : « Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soit un, comme nous-mêmes » (Jn 17, 11). Cette prière fonde toute notre pastorale, assure notre unité.

Que ces huiles de joie et de force nous réconfortent tous, particulièrement les catéchumènes, les confirmands et les ordinands ! Confions-nous à Dieu et « à la parole de sa grâce  » (Ac 20, 32) pour remplir jusqu’au bout comme Paul le dit à Milet, la mission qui est la nôtre dans un monde qui navigue à vue dans l’incertitude et l’angoisse. Nous nous recommandons à saint Augustin de Cantorbéry, un moine envoyé en mission d’évangélisation en Angleterre par saint Grégoire le Grand ; comme lui, laissons-nous conduire en nos missions par l’Esprit, dans son unité, et prions-le avec les paroles de la séquence de la Pentecôte :

Consolateur souverain,

Hôte très doux de nos âmes,

Adoucissante fraîcheur

Dans le labeur, le repos ;

Dans la fièvre, la fraîcheur ;

Dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse,

Viens remplir jusqu’à l’intime

Le cœur de tous tes fidèles.

Amen.

+ fr. Robert Le Gall,
Archevêque de Toulouse