L’indulgence plénière

par le père Jean-Charles Demelle, Fidei Donum à Libreville (Gabon)

L’indulgence plénière

Le pape, lors de sa bénédiction Urbi et Orbi le vendredi 27 mars, a accordé, depuis la place St-Pierre, l’indulgence plénière à tous les fidèles prêts à l’accueillir. Il réitèrera cette bénédiction le jour de Pâques comme chaque année.

 

Qu’est-ce que l’indulgence selon l’Église ?

Pour bien comprendre, il nous faut revenir au sacrement de pénitence et de réconciliation, l’un des 2 sacrements de guérison, avec l’onction des malades.

Le sacrement de pénitence et de réconciliation est communément appelé la
confession.

Mais la confession ou l’aveu n’est en fait que la 1ère partie de ce sacrement qui comporte 4 moments et se vit avec un prêtre en privé :

1) la confession ou aveu des fautes, des péchés, qui m’ont coupé de l’amour de Dieu, de mes frères et sœurs et aussi de moi-même en étant tombé dans telle ou telle forme d’esclavage.
Le péché me rend malheureux sur terre parce qu’il m’isole d’une manière ou d’une autre et m’empêche d’accéder au ciel.

2) la contrition ou regret ou repentir, exprimé par la prière de contrition.
En général, si on vient confesser ses fautes à un prêtre, c’est qu’on les regrette.

3) la réparation
Exemple : Si je m’accuse d’avoir volé, je dois rendre d’une manière ou d’une autre ce que j’ai volé, sinon je ne puis obtenir le pardon du Seigneur et je ne retrouve pas la paix intérieure.

4) le pardon sacramentel accordé par le Seigneur, qui m’assure que ce péché ne me sera pas compté lorsqu’à ma mort je paraîtrai devant Dieu.

Pour éviter que le pénitent vienne voir le prêtre à 2 reprises, l’absolution est donnée sous réserve que la réparation soit accomplie par la suite. Et le prêtre donne une pénitence à accomplir.

 

La question de l’indulgence concerne la réparation

Pour bien comprendre, prenons l’exemple d’un automobiliste qui cause un accident dans lequel il n’y a que des dégâts matériels. La victime pourra lui pardonner et ne pas lui en vouloir. Mais il faudra néanmoins réparer les dégâts. Si l’auteur de l’accident n’est pas solvable, la victime pourra être indulgente et réparer elle-même sa voiture. Ainsi aura-t-elle à la fois pardonné moralement et réparé matériellement. En plus du pardon elle aura pratiqué l’indulgence et les 2 protagonistes seront désormais des frères.

 

Pourquoi le pape, au nom de l’Église, donne-t-il l’indulgence plénière ?

Parce que le problème pour chacun de nous est qu’il y a des fautes irréparables. Citons-en quelques-unes : meurtres, viols, avortements mais aussi abus de pouvoir, critiques d’autrui et bien d’autres... Si je sais pouvoir être pardonné grâce à une contrition parfaite des péchés que j’aurai reconnus, comment les réparer et être donc réconcilié avec mes frères et sœurs offensés, ce qui est la condition pour me sentir en paix sur cette terre et accueilli par le Seigneur dans son Royaume ?

En fait, on oublie trop souvent que Jésus accomplit 2 choses sur la Croix, ce que nous allons commémorer le vendredi saint :

  • Il nous pardonne : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font"
  • et il répare, il paye notre dette : "Jésus a donné sa vie en rançon pour la multitude".

Si le péché est un esclavage, interrogeons-nous :

  • quand je vois un pécheur j’ai envie de le juger et de le condamner ;
  • mais quand je considère que ce pécheur est en fait un esclave, j’ai au contraire de la compassion pour lui, je veux le libérer et je suis prêt à payer la rançon nécessaire.

C’est ce qu’a fait Jésus qui ne s’est pas comporté en juge sur la terre, mais comme un soignant, payant de soi pour nous sauver et nous rassembler dans la maison du Père qui est notre but à atteindre pour une éternité bienheureuse.

Quelques remarques complémentaires :

  • le salut obtenu par Jésus est absolument universel : " Quand je serai élevé de terre j’attirerai à moi tous les hommes " ;
    Il n’y a pas que les chrétiens baptisés qui soient sauvés
    , c’est-à-dire heureux sur terre et promis au bonheur éternel du ciel.
     
  • la Croix permet à tous les hommes de se réconcilier.
    En effet, quand je suis en conflit avec quelqu’un, j’estime spontanément que je suis victime et que lui est coupable, et c’est réciproque ; du coup la réconciliation est difficile voire impossible. Quand je regarde le Christ en croix, j’ai conscience que je suis victime comme Jésus d’une injustice, mais je reconnais également que je suis coupable de l’avoir mis en croix. En effet qui est indemne de toute faute ? Si mon adversaire fait le même cheminement, alors nous sommes tous les deux à la fois victimes et coupables et la réconciliation devient possible. Le Christ est bien le médiateur qui nous réconcilie les uns avec les autres.

Autre aspect de la Passion du Seigneur : la Résurrection.

Pour être complet, le salut, ou rédemption, doit aussi bien concerner notre vie terrestre que la vie éternelle qui en est la fin ultime où l’immense famille humaine sera rassemblée autour de son Père du Ciel.

1) le salut concerne notre vie terrestre.

Pour être heureux dès ici-bas, il nous faut être en paix avec les hommes et la nature et donc au besoin nous réconcilier, ce qu’offre la Passion.
En outre lorsque survient une épreuve de quelque nature soit-elle, il nous faut l’assurance qu’elle sera surmontée, ce que la foi en la Résurrection nous offre en espérance.

2) le salut concerne notre vie éternelle, le bonheur sans fin avec Dieu, les créatures célestes et nos semblables issus de la terre.

Dieu ne pouvant régner que dans un lieu parfaitement harmonieux n’y seront admises que des personnes fraternelles, au besoin réconciliées.
La communion eucharistique à la messe en est le signe et en procure la grâce. Elle est préparée par le sacrement de pénitence et de réconciliation qui nous réconcilie pleinement par le pardon assorti de la réparation.

Ce pouvoir de lier et de délier dont il est question dans l’Évangile et que Jésus donne à Pierre et aux Apôtres, intègre ce pouvoir de pardonner et d’ "indulgencier", transmis au pape et aux autres évêques pour permettre aux croyants de connaître le bonheur sur terre en vue du ciel.

 

Père Jean-Charles Demelle, Diocèse de Toulouse
Fidei Donum à Libreville (Gabon)