Le massacre des Saints Innocents a-t-il pris fin ?

par Jean-Michel Castaing

Le massacre des Saints Innocents a-t-il pris fin ?

 

Hérode, l’antithèse de Jésus

Le roi Hérode qui fit mettre à mort les enfants de Bethléem et des environs dans le dessein d’envelopper dans ce massacre le Messie dont les mages venus d’Orient lui avaient annoncé la naissance, est l’antithèse de Jésus. Alors que le fils de Marie est venu nous partager sa vie divine, à l’inverse le roi de Judée tient à conserver le pouvoir pour lui seul. Le despotisme n’est pas « partageux ». Hors de question pour Hérode de laisser de la place au messie ! Déjà, 1250 ans plus tôt, Pharaon avait ordonné de jeter dans le Nil les enfants mâles du peuple hébreux réduit en esclavage (Gn 1, 22). Plus tard, toujours en Égypte, Moïse fut sauvé des eaux. Jésus, en fuyant les tueurs d’Hérode, est présenté par l’évangéliste Matthieu comme le nouveau Moïse qui fera franchir au peuple de Dieu la mer Rouge du péché et de la mort. Extraordinaires destinées que celles des enfants échappés au massacre !

 

Qui sont les Saints Innocents aujourd’hui ?

L’épisode des Saints Innocents nous enseigne également que tout pouvoir totalitaire a eu une sainte horreur des institutions religieuses indépendantes, symbolisées ici par la naissance annoncée du messie à Bethléem. Ceux qui louent gratuitement Dieu deviennent vite suspects aux potentats qui désirent nous endormir sous l’édredon des divertissements en flattant nos pulsions consuméristes. Il est plus facile de régner sur des populations occupées à acheter, vendre et s’enivrer que sur des croyants qui aiment un Dieu qui nous veut libres, responsables et charitables. À ce sujet, le livre de l’ « Apocalypse » oppose deux cités : d’un côté Babylone, obnubilée par ses activités marchandes, et de l’autre côté Jérusalem, dont la louange de Dieu et de l’Agneau constitue l’occupation principale des résidents.

Cependant, qu’on ne s’y trompe pas. L’idéologie de Babylone n’est pas un économisme neutre et indifférent. La cité marchande est tout aussi jalouse et meurtrière que l’ancien roi de Judée. Pas plus que lui, elle ne tolère les récalcitrants. Aussi n’a-t-elle rien de plus pressé que de se débarrasser de ces derniers afin que la machine à plaisir et à cash ne se grippe pas. Combien de personnes « inutiles » font les frais de cette idéologie mortifère : personnes âgées que l’on relègue dans des EHPAD, enfants à naître qui « dérangent », handicapés qui tranchent et détonnent dans une société qui loue et idolâtre la performance et le mouvement perpétuel ! Babylone n’a pas renoncé à son projet de faire table rase des traditions d’adoration et de créer une humanité nouvelle, ce qui passe par la liquidation de nouveaux saints innocents dont le seul tort réside dans leur volonté de vivre tout simplement. Mais le pouvoir du marché, qui ne comprend que le langage du contrat, de l’offre et de la demande, se méfie de tout ce qui est gratuit, poétique et qui aspire à la louange et à la prière.

 

Des Hérode consensuels en costume trois pièces

La mondialisation marchande n’est pas plus partageuse qu’Hérode. Elle aussi tient à faire le tri entre les bons soumis et les réfractaires suspects. Écoutons l’Apocalypse à ce sujet : « Elle (la Bête) fait que tous, les petits et les grands, les riches et les pauvres, les hommes libres et les esclaves, se feront mettre une marque sur la main droite ou sur le front, en sorte que personne ne puisse acheter ou vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom  » (Ap 13, 16-17). Ainsi, nul ne peut vivre, acheter et vendre pour se nourrir et se vêtir, s’il n’est assujetti spirituellement aux forces hostiles à Dieu ! N’est-ce pas reproduire, en plus subtil, le destin des Saints Innocents ? Le pouvoir n’arbore peut-être plus la face hideuse d’Hérode, mais sous ses atours chatoyants et mielleux, il reste sans pitié pour les soi-disant « retardataires » de l’histoire. Dans nos Babylone modernes, la vie d’un bébé phoque pèse davantage qu’un enfant dans le sein de sa mère !

Heureusement, Jésus est venu rendre leur dignité à tous les hommes sans distinction, et nous apprendre le sens du partage fraternel et de la louange gratuite d’un Père qui a en horreur les sacrifices humains !
 

Jean-Michel Castaing

 


Actualité publiée le 28 décembre 2020