Message de Mgr Le Gall pour Pâques 2016

Le cœur du Père

La veille des Rameaux, nous fêtions saint Joseph, père terrestre de Jésus : « Il était, à ce que l’on pensait, fils de Joseph », écrit saint Luc pour introduire la généalogie du Seigneur (3, 23). Joseph, que l’on appelle parfois « l’ombre du Père », est bien une figure de la vraie paternité, faite d’exigence, de tendresse et de chasteté, ce qui s’applique aussi au plan spirituel.

Cette Année sainte de la Miséricorde nous fait regarder vers le Père. Miséricordieux comme le Père : c’est le thème retenu par le pape François ; l’image associée montre seulement Jésus, portant à son cou la brebis humaine perdue. Il nous faut donc aller de la tendresse du Bon Pasteur à celle de son Père. Le dimanche des Rameaux, nous avons entendu la passion selon saint Luc, qui, seul, rapporte deux paroles de Jésus en croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (23, 34) et « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (46). Ce sont des invocations au Père : le mystère de Jésus ne peut en effet se comprendre qu’à partir de sa relation au Père, que développe surtout saint Jean dans son Évangile. Luc a aussi en propre la parabole du fils prodigue, haut témoignage de la miséricorde du Père.

J’invite donc tous les fidèles de notre diocèse à porter leur regard vers le « Père infiniment bon » (début de la première Prière eucharistique) ; c’est bien vers lui que se porte l’élan de Jésus qui va jusqu’au bout de l’amour (cf. Jn 13, 1). Les deux paroles que je viens de citer le montrent bien. Jésus pardonne, mais il demande au Père de donner son pardon : c’est lui la source de l’amour miséricordieux, chanté par sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. L’Apôtre Paul, avec sa force d’expression habituelle, a su l’écrire aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui, ne pas nous donner tout ? » (8, 32).

Une hymne de Carême éclaire cette route vers le Père :

Bénis sois-tu d’avoir remis
Entre les mains des plus petits
Ce Corps où rien ne peut cacher
Ton cœur de Père.

L’Eucharistie offre à son Père le Corps livré de son Fils bien-aimé, ce Corps dont le Cœur a été ouvert sur la Croix. Sa blessure béante, d’où sortent l’eau et le sang des sacrements, découvre en fait le Cœur du Père des miséricordes. Une autre hymne, pour la Passion, chante ce mystère de la Croix, révélation du Père :

Sommet de notre terre
Où meurt la mort vaincue,
Où Dieu se montre Père
En nous donnant Jésus.

Au matin de la Résurrection, Jésus oriente Marie-Madeleine vers ce mystère du Père, qui est le secret de la vie éternelle ; nos catéchumènes vont y être initiés à leur baptême au cours de la Vigile pascale : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Nous savons donc ce qu’il nous reste à faire ; c’est une autre hymne qui nous le fait comprendre :

Ne te replie pas sur toi-même
Comme si Dieu faisait ainsi !
C’est quand tu aimes que Dieu t’aime,
Ouvre ton cœur, fais comme lui.

+ fr. Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse