Message de Pâques 2021

Texte de Mgr Robert Le Gall, Archevêque de Toulouse

Message de Pâques 2021

Les deux tilleuls

 

Comment d’un arbre sec et froid depuis des mois
peuvent pousser des bourgeons marrons
et sortir de frêles et fines feuilles un peu froissées ?
Longuement, pendant le premier confinement,
j’ai regardé un couple de tilleuls
depuis ma fenêtre dans le jardin de l’Archevêché à Toulouse.
En quelques jours à peine, les deux arbres voisins,
sveltes et dépouillés dans leur élégance nue, presque transparente,
se muent en un bouquet qui s’étire en son camaïeu de vert tendre
qui n’autorise aucun autre regard au travers, mais seulement au-delà.

Ainsi en va-t-il de ce passage toujours miraculeux entre l’hiver et le printemps,
lié à la Pâque préparée par le Carême, où Dieu déploie les merveilles de son amour.
Il faut savoir prendre du temps pour contempler cette mutation lente et soudaine
entre la mort et la vie, comme il importe de rester en silence
tout le jour du Samedi saint, dans l’attente ardente du Vivant sortant du tombeau.

Comment traverser les angoisses d’une pandémie qui dure depuis une année ?
Comment peut-on envisager le temps d’après, marqués par l’épreuve,
sans céder à la tentation d’un retour pur et simple au temps d’avant ?
Avons-nous changé ? La transition a-t-elle été transformée en grâce de conversion ?
Nous avons bénéficié d’un carnet de route de Carême,
nous invitant à une « conversion intégrale »,
non pas en posant tout de suite des actes concrets capables
de nous faire passer par le moins au mieux,
nous amenant à consentir à « diminuer pour grandir  »,
mais en nous attardant, de semaine en semaine,
à la redécouverte de vertus qui sont autant de dynamismes
pour déployer depuis l’intérieur les ressources de notre baptême.

En plein cœur de cette longue retraite ecclésiale,
le pape François nous a entraînés dans son courageux pèlerinage
dans les terres ensanglantées et dévastées de l’Irak.
Il nous a invités à regarder les étoiles,
les mêmes que celles contemplées par notre père Abraham.
Dans ce monde toujours aux prises avec le coronavirus,
il a dénoncé le virus du découragement,
a recommandé le vaccin de l’espérance,
pour que se développe la contagion de la foi vivante en Jésus-Christ,
sorti vivant du tombeau, gage de notre propre résurrection,
telle que nous la célébrons en cette Pâque.

Attentif à la splendeur des tapis d’Orient,
le Pape a su nous faire voir, à travers la multitude des fils de laine
aux diverses couleurs, l’image de l’unité diversifiée
à laquelle nous conduit le dessein divin du Salut.
S’il est des nœuds qui empêchent le tissage de la fraternité,
il en est d’autres qui affermissent sa texture et en garantissent la permanence,
car « tout se tient », « tout est lié », puisque nous sommes tous frères (tutti fratelli).

Ainsi sommes-nous stimulés pour continuer notre pèlerinage,
pour avancer malgré les obstacles, les incertitudes ou les nuits sur la route.
Le pape François nous exhorte à « regarder vers le ciel et à marcher sur la terre »,
nous encourageant à pérégriner vers les lieux sacrés :
« C’est le plus beau signe de la nostalgie du Ciel sur la Terre ! »
Oui, regardons les étoiles,
guettons l’aurore qui vient sûrement (Ps 129, 6-7).
La Lumière a brillé dans les ténèbres ;
elle a vaincu les ténèbres et nous entraîne en sa clarté.

Alleluia !

 

 

 


Actualité publiée le 4 avril 2021