La source de la diaconie

Nous avons entendu toutes les initiatives qui sont prises dans le diocèse dans le sens d’une attention aux pauvres. Nous prenons déjà la mesure de tout ce qui se fait, non seulement pour eux mais avec eux. J’en rends grâce à Dieu et je suis confiant que tout cela peut se développer. Il sera bon de faire connaître tout cela, grâce à internet, pour qu’on s’en inspire un peu partout.

Au début de la matinée, le « front commun d’évidence » a donné ce résultat : la diaconie, c’est le service du frère par tous, à la suite de Jésus, Frère et Serviteur, lui qui a voulu que l’on suive son exemple quand il s’est mis à laver les pieds de ses disciples. C’est court, clair et sans ambages : aux actes !

Pour agir, il faut changer de regard ; il nous faut vivre une conversion du regard et de l’action ; conversion personnelle et communautaire : ne pas opposer l’un à l’autre, car la personne ne peut trouver sa place que dans et par une communauté. La constitution de groupes peut aider à sensibiliser à ce nouveau regard pour une action commune avec les pauvres. C’est une dynamique : elle nous invite à nous mettre à l’ouvrage.

Nous sommes tous disciples, c’est-à-dire que nous avons toujours à recevoir des enseignements venus de la Parole de Dieu et de la parole des autres, notamment des pauvres. Nous ne sommes pas au-dehors ni à côté d’eux, mais nous devons nous mettre sur le même plan (cf. Jc chap. 2). Pour cela, comment trouver ou retrouver en nous une âme de pauvre, dans le sens de la première Béatitude ? Moi aussi, je suis petit. On est toujours le pauvre de quelqu’un.

Sans oublier la réalité de la pauvreté concrète (la « galère »), il nous faut être attentifs aux diverses formes de pauvretés (fragilité, isolement et solitude, maladie, personnes âgées) dans une perspective intergénérationnelle. En même temps, l’Église est l’Église de tous et de chacun : elle ne peut se réduire à une Église des pauvres, même s’ils sont l’objet par elle d’une « option préférentielle », souvent exprimée par le saint pape Jean-Paul II et par ses successeurs.

Nous saluons tous ceux qui œuvrent dans des associations ecclésiales, en lien avec des institutions de bienfaisance municipales ou autres. Comment faire pour que nos communautés ne délèguent pas à des « spécialistes » ce devoir qui leur incombe ? La diaconie doit devenir une attitude de chacun et de tous auprès des pauvres et avec eux. Pour cela, il faut surmonter des peurs de part et d’autre : celle de ceux qui ont une place dans la société et celle de ceux qui sont démunis ; les uns et les autres doivent trouver les gestes et les mots qui conviennent, ce qui ne se fait pas d’emblée. Les pauvres peuvent alors passer de la honte à la fierté, de la honte de ceux qui sont rejetés, tenus pour rien, écartés, à la fierté de pouvoir dire une parole spécifique, d’ouvrir un trésor de vie et d’expérience de Dieu. Ils découvriront ainsi, grâce à notre attente et à notre demande, la fierté d’être respectés, entendus, pris en considération.

C’est dans ce sens que l’on peut interpréter la parole de Jésus : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance » (Lc 10, 21). Les plus petits ont quelque chose à dire, parce qu’ils ont compris quelque chose, par la grâce de Dieu et de leur petitesse, du mystère divin trinitaire. Dire au pauvre : « On a besoin de toi ! Tu as du prix à mes yeux, tu as de la valeur et je t’aime ! (cf. Is 43, 4). Je sais que Dieu te parle au cœur ! » N’ayons pas peur de communiquer avec ces « petits » sur leur spiritualité ; allons vers eux comme à une source  !

Comme chrétiens, nous avons trois sources à notre disposition : la source de la Parole de Dieu ; la source des sacrements ; la source de la présence du frère, de la présence au frère. Nous retrouvons les trois fonctions du Christ, de l’Église et de tout chrétien (tria munera) : la transmission de la foi, la célébration de la foi et le service (diaconie) au nom de la foi. Trois fonctions qui s’alimentent à trois sources. Allons boire l’eau vive de la source du frère, du pauvre qui est présence de Jésus, parole aussi du Maître !

+ fr. Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse

31 janvier 2015
en conclusion du
Conseil Pastoral diocésain