Une tragédie qui nous interroge tous

Nous restons sous le choc après les événements sanglants de la semaine passée à Paris et aux environs. Notre pensée et notre prière vont aux dix-sept victimes et à leurs familles, à leurs amis, notamment aux communautés juives encore frappées. Nous savons aussi que les communautés musulmanes sont touchées et meurtries en profondeur ; elles sont inquiètes et nous partageons leur désarroi. Nous n’oublions pas les blessés. Nos plaies sont encore vives à Toulouse et à Montauban après les assassinats de mars 2012.


Je suis peiné en ces jours terribles de n’être pas avec vous, avec eux. Le Vicaire général Hervé Gaignard et moi-même sommes en lien continu. Nous travaillons ensemble les déclarations, il me représente et manifeste la présence de notre Église. Je le remercie.


Je prêche actuellement trois retraites consécutives à plus de 100 prêtres, religieux, religieuses, et laïcs. La première retraite était achevée quand est arrivé le drame : elle portait sur saint Jean, avec tout ce que son Évangile nous révèle de l’antagonisme entre la lumière et les ténèbres. J’en suis à la moitié de la deuxième, consacrée aux Psaumes, plus exactement à la manière de les prier, et nous savons qu’ils sont tous, quelle que soit leur origine, des chants du peuple de Dieu, à la suite du Roi-Messie, dans son Exode d’ici-bas : des chants marqués par la guerre entre le Juste et le Ricaneur, entre l’Innocent et le Mauvais, dont saint Jean nous invite, dans sa première lettre, à nous garder. N’oublions pas que l’Écriture est notre guide.


Je tiens, comme vous tous, à saluer le sursaut national qui a suivi ces épisodes intolérables et l’union pour le respect de la vie, des personnes avec leurs opinions diverses, de leurs engagements religieux, en notre France dont la laïcité ne doit manifestement plus se contenter de neutralité, mais se faire attentive aux religions à la condition qu’elles respectent nos institutions, qu’elles soient respectées et qu’elles se respectent entre elles. Comme nous le rappelait le pape François au soir de ce drame :

sans la liberté d’expression, le monde est en danger : il est impératif de s’opposer à la haine et à toute forme de violence qui détruit la vie humaine, viole la dignité de la personne, mine radicalement le bien fondamental de la coexistence pacifique entre les personnes et les peuples, au-delà des différences de nationalité, de religion et de culture.

Des interrogations nombreuses autour du « vivre ensemble » attendent leurs réponses. La connaissance et le respect mutuels s’imposent au plan public, et il faut saluer l’implication franche et juste dans cette direction, de la Préfecture et de la Mairie de notre ville. Dans le courant du mois de février, nous rendrons publique, une Charte de la fraternité, préparée avec les responsables des religions de Toulouse.


Souvenons-nous que depuis plus de 50 ans, l’Église a montré l’importance des relations interreligieuses ; les saints papes qui se sont succédé depuis le concile Vatican II ont appelé à ce dialogue, dans lequel je suis investi. J’incite chacun d’entre vous à suivre les paroles de notre Pape François prononcés au début de janvier, avant les événements : Depuis 30 ans, les papes le répètent : le dialogue interreligieux d’écoute et de respect est une des conditions de la paix dans le monde. J’appelle chacun de nous à se faire, là où il est, avec ceux près de qui il vit, artisan et bâtisseur d’une civilisation de l’amour.


Nous avons, nous catholiques, la force de la prière pour nous aider dans les moments difficiles. J’invite donc chacun d’entre nous à prier plus ardemment pour servir ce que le Seigneur désire pour nous tous : la communion, la Paix et la Fraternité.


+fr. Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse
Le 13 janvier 2015