Garder la Création : l'Écologie


Le jour de l’inauguration de son ministère, en la fête de saint Joseph, le 19 mars 2013, le pape François a fait du verbe « garder » la trame de son homélie. Joseph a la mission d’être gardien, gardien de Marie et de Jésus, mais aussi de l’Église. Il étend son propos en remarquant :

« La vocation de garder ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur… Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu !  »

C’est ainsi que le pape Benoît XVI écrivait dans son message de paix du 1er janvier 2008 : « Il est fondamental de “penser” la terre comme “notre maison commune” et, pour qu’elle soit au service de tous, d’opter, quand il s’agit de la gérer, pour la voie du dialogue plutôt que pour celle des choix unilatéraux. Si cela est nécessaire, on peut accroître les lieux institutionnels au niveau international, pour mener à bien, de manière concertée, le gouvernement de cette “maison” qui est nôtre  » (n. 8). En ce domaine, il faut certes agir avec prudence mais cela « ne signifie pas ne pas prendre en main ses responsabilités et renvoyer à plus tard les décisions ; cela veut plutôt dire s’engager à prendre ensemble ces décisions, non sans avoir au préalable examiné, de manière responsable, la voie à emprunter, dans le but de renforcer l’alliance entre l’être humain et l’environnement, qui doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons » (n. 7).

Dans le contexte international dangereux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », comme vient de le dire le pape François à Sarajevo, ce n’est pas seulement à une écologie de la nature – qui se doit de respecter les lois des divers milieux qui rendent possible le développement de la vie – que nous sommes appelés, mais à une authentique écologie humaine, où tous les habitants de la « maison commune » soient capables de se connaître, de s’aider et de se compléter, pour que soit possible la paix. Ni le commerce des armes, ni la décision, prise à sa place, de faire mourir quelqu’un (comme Vincent Lambert et tant d’autres, avec l’avortement et l’euthanasie), ne peuvent faire avancer cette coexistence pacifique et constructive à laquelle nous aspirons de tout notre cœur et de toute notre prière.

« Notre manière de nous traiter les uns les autres reflète notre manière de traiter notre planète », redit avec force le Patriarche Bartholomeos 1er. Chaque matin à l’office de Laudes, le chant du Benedictus, qui est un appel au Sauveur, me revient comme un cri : « Pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Lc 1, 79). C’est dire combien nous attendons l’Encyclique du pape François qui paraît au milieu de ce mois de juin.

+ fr. Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse
Le 9 juin 2015