(Pour)Quoi (qui ?) adorer ?

Fête du Saint-Sacrement... du Corps et du Sang du Christ

(Pour)Quoi (qui ?) adorer ?

Si le mois de mai est dédié à la Vierge Marie, celui de juin est traditionnellement tourné vers le Christ : l’Église y solennise le Corps et le Sang du Seigneur lors de la Fête du Saint-Sacrement1 (16 juin 2022), et le mois tout entier est dédié au Sacré Cœur de Jésus2 (24 juin 2022).

 

À Toulouse, l’adoration perpétuelle est une des grâces du sanctuaire Saint-Jérôme, ce lieu de prière et havre de silence au cœur du quartier le plus grouillant de population et le plus bruyant du centre-ville. Dans la chapelle du Sacré-Cœur, tout au long de la journée, et la nuit dans la chapelle de sainte Marie-Madeleine, les adorateurs se succèdent devant le Saint-Sacrement, dans une chaîne de prière ininterrompue. Chacun s’inscrit pour une heure d’adoration par semaine, et s’engage à être fidèle à ce rendez-vous – quitte à se faire remplacer en cas de nécessité. Cette permanence de la prière fait monter vers le Seigneur une vivante louange, une intercession ininterrompue, et s’unit à toutes les églises et toutes les communautés religieuses, en France et dans le monde, dans lesquelles l’adoration eucharistique est ainsi maintenue nuit et jour.

L’eucharistie nous dit et nous donne tout l’amour du Seigneur, particulièrement, bien sûr, l’eucharistie célébrée. « Ceci est mon corps…, ceci est mon sang…  ». Le Pain rompu est distribué, la Coupe emplie est partagée. Mais l’adoration eucharistique prolonge, et pourrait-on dire, dilate l’instant de la célébration eucharistique.

Suivant le vocabulaire reçu, le Saint-Sacrement est « exposé », exposé à notre regard et à notre adoration ; mais dans ce cœur-à-cœur n’est-ce pas plus tôt celui qui s’incline devant la blanche hostie qui s’expose au rayonnement de l’amour, comme on s’expose aux rayons du soleil ? Les rayons de l’ostensoir ne disent-ils pas les grâces de conversion, de guérison, de paix, de réconfort, de miséricorde, dont le Seigneur veut combler ses amis ?

Dans la communion des saints, la prière d’intercession étend et élargit le don de la grâce à ceux qui souffrent, à ceux qui ne prient jamais, à ceux qui n’en ont plus la force. Les prières des orants et des adorateurs soutiennent le monde, invisiblement, comme les colonnes soutiennent le temple. La prière d’adoration n’est pas une prière égoïste, tournée vers soi-même. Au contraire, elle rejoint la prière du Christ crucifié qui porte le péché du monde et intercède pour lui. Peut-être sera-t-il donné à chacun de découvrir un jour combien la prière de l’Église l’a porté, soutenu, sauvé dans les moments les plus difficiles de sa vie.

Père Lizier de Bardies,
curé du sanctuaire de Saint-Jérôme

 

 

1. D’abord, la Fête du Saint-Sacrement qui est célébrée le deuxième dimanche après la Pentecôte. Instituée au Moyen Âge pour commémorer la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l’eucharistie, elle était autrefois apellée Fête Dieu et était centrée sur l’adoration de la présence réelle du Christ. Depuis la réforme liturgique du concile Vatican II, elle est plus connue sous le nom de la « Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ » et appelle davantage à approfondir le sens de l’eucharistie et sa place dans la vie de chacun, la place que l’on laisse à ce Dieu d’amour qui se révèle en donnant son corps et son sang, en se donnant à nous comme nourriture de vie éternelle.

2. Le mois se poursuit avec, le troisième vendredi après la Pentecôte, la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, symbole de l’amour divin, centre où tout converge et qui embrasse tout. Cette dévotion nous invite à fixer notre attention sur ce cœur aimant, compatissant et miséricordieux qui révèle le cœur de Dieu.

 

 


Actualité publiée le 13 juin 2022

 

 

On se souvient du rôle central qu’avait l’adoration du Saint-Sacrement dans la vie quotidienne du P. Charles de Foucauld, le "petit frère" comme aiment l’appeler aujourd’hui encore tous ceux qui s’inspirent de son intuition spirituelle. La méditation ci-dessous nous invite à vivre les richesses de la prière nocturne, en mettant nos pas dans ceux de l’humble ermite du Hoggar. Ce très beau texte est le fruit d’une retraite qu’il effectua à Ephrem (Samarie) en 1898, lors de son premier pèlerinage à Nazareth.

« Trois heures du matin... Merci, mon Dieu, de m’avoir éveillé et fait lever ! Que vous êtes bon !... Oh ! Mon Dieu, dans la tristesse, le serrement de cœur de ces derniers jours, la seule consolation est d’être sans cesse : mais je veux oublier ma consolation, mon Dieu, je ne veux rien faire pour elle, mais tout pour la vôtre : la vôtre aussi, mon Dieu, c’est que vos enfants soient le plus possible autour de vous... Vous nous dites, sinon à tous, du moins à beaucoup, et certainement à moi (et que je vous en remercie) : « Veillez et priez avec moi. » Sainte Vierge, Sainte Magdeleine, mettez-moi entre vous, aux pieds de Notre-Seigneur... Faites-nous le regarder, le prier avec vous, tenez nos yeux et nos esprits et nos cœurs éveillés... Tout repose au dehors... Voici Jésus devant nous : Il prie, Il adore son Père. II le prie pour les hommes, II nous regarde de temps en temps doucement, pour nous encourager sans sortir de la prière... Mon Dieu, je vous adore ! Faites-moi passer cette fin de nuit, cette journée, toutes mes nuits et tous mes jours dans votre contemplation et votre amour... O mon Dieu, vous êtes là, vous êtes devant moi, que voulez-vous que je pense, que je vous dise au fond du cœur ?... - Je ne te demande pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer, me répond Votre Esprit au fond de l’âme, adore-moi et aime-moi : regarde-moi, dis-moi et répète-moi sans fin que tu m’aimes, que tu te donnes à moi, que tu veux que tous mes enfants m’aiment et se donnent à moi... Tout dort, tout repose ! O merci mon Dieu de m’avoir appelé à vous adorer, à vous aimer ! Tenez mes yeux ouverts, mon Dieu, et ouvrez de plus en plus les yeux de mon âme : faites-moi me perdre et m’abîmer dans votre contemplation, votre adoration, votre amour. »

Charles de Foucauld, Crier l’Évangile,
(Retraite en Terre Sainte). Nouvelle Cité, 1975, p. 38-39.