Joséphine Bakhita : cette ancienne esclave béatifiée, puis canonisée il y a plus de vingt ans

8 février 2022 - Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des personnes

Joséphine Bakhita : cette ancienne esclave béatifiée, puis canonisée il y a plus de vingt ans

Rares sont ceux qui peuvent prétendre connaître l’histoire de Joséphine Bakhita…
Le jour où son existence bascule, Joséphine Bakhita n’a que 7 ans. Alors qu’elle se trouve à l’orée de son village, situé à Olgossa, dans la province du Darfour, au Soudan, où elle est née en 1869, elle est abordée par deux hommes. La petite fille suit ces négriers musulmans, persuadée d’escorter deux personnes bienveillantes.

 

Esclavage

Elle est loin de se douter qu’elle se dirige vers un enfer dont elle sortira meurtrie, au point d’en oublier son véritable nom et sa langue maternelle. Les deux hommes la rebaptisent Bakhita, « la chanceuse ». La lecture de l’imposant roman que lui a consacré l’écrivaine française Véronique Olmi permet d’imaginer le premier acte d’un destin singulier, aussi effroyable que miraculeux.

À la fin du XIXème siècle, le Soudan est l’un des bastions de la traite orientale. Bakhita est vendue à plusieurs reprises. Elle devient la propriété d’un riche marchand arabe, puis est vendue à un général de l’armée turque, avec qui elle subit le supplice du tatouage par incision, dont elle portera les stigmates toute sa vie.

« Comment traverser l’inhumanité, oublier son propre nom, en restant quelqu’un de profondément humain et bon ?  ». Quand le général décide de rentrer en Turquie, il vend Bakhita à Calisto Legnani, consul italien de Khartoum. Ce n’est pas un maître comme les autres : il sera bienveillant avec celle qui avait l’habitude de ne recevoir que des coups. En 1885, la révolution mahdiste pousse le fonctionnaire italien à quitter le pays. À son service depuis plus de deux ans, Bakhita le suit en Italie.

Au port de Souakin, il retrouve l’une de ses connaissances, le commerçant Augusto Michieli accompagné de son épouse Maria Turina, à qui il offre Bakhita. L’esclave soudanaise rejoint alors Mirano, en Vénétie, où elle devient nounou.

La foi chrétienne

En moins d’un an, Bakhita et les Michieli multiplient les allers-retours entre la Vénétie, où l’esclave est confrontée au racisme et Souakin…
À Zianigo, ville de la province de Venise, elle fait la connaissance d’Illuminato Checchini, l’administrateur des biens des Michieli. Agent d’un cardinal italien, il devient son protecteur spirituel, une figure paternelle qui la pousse à embrasser la foi chrétienne.
Crucifix, Jésus-Christ, Vierge Marie…Celle qui parle à peine le vénitien n’y comprend pas grand-chose, mais elle se sent «  poussée par une force mystérieuse  ».

Maria Michieli se rend une nouvelle fois à Souakin, elle confie Bakhita sous l’impulsion de Checchini, aux filles de la Charité canossiennes, qui dirigent un institut à Venise.C’est là que commence l’éducation catholique de l’esclave, sous l’œil bienveillant de la religieuse chargée de l’instruction des catéchumènes, Maria Fabretti.

Bakhita découvre Dieu à qui elle vouera le reste de son existence.
Son apprentissage dure neuf mois, mais à son retour Maria Michieli a la ferme intention de ramener l’esclave à Souakin. Pour la première fois de sa vie, Bakhita ose suivre sa propre voie en refusant de suivre sa maîtresse : Bakhita a trouvé une confiance absolue en celui qu’elle nomme « El me Paron » : Mon Maître.

«  Je me souviens que, en voyant le soleil, la lune, les étoiles, les beautés de la nature, je me disais en moi-même : “Qui peut être le maître de toutes ces belles choses ?” Et j’éprouvais un grand désir de le voir, de le connaître, de lui rendre hommage.  »

 

Liberté

À l’issue d’un procès retentissant au cours duquel Maria Michieli fait intervenir plusieurs personnalités pour faire valoir ses droits sur l’esclave, un procureur prononce son affranchissement, en novembre 1889. En Italie, l’esclavage n’existe pas… À 20 ans, Bakhita est enfin libre !
L’année suivante, le 9 janvier, elle est baptisée, confirmée puis reçoit la communion.

En 1895, à Vérone, elle endosse les habits de sœur canossienne et reçoit la médaille de l’ordre des filles de la Charité. Vient le temps, pour les autorités ecclésiastiques, d’éprouver la foi de cette religieuse noire désormais vénérée dans toute l’Italie.

Elle doit quitter la congrégation de la Charité de Venise et sa protectrice, madre Fabretti. Elle se retrouve alors, en 1902, à Schio, où, au sein d’un collège, elle est tour à tour concierge, lingère, brodeuse et cuisinière, tout en s’occupant d’enfants. Elle voyage aussi dans d’autres couvents pour partager ses connaissances de l’Afrique et préparer d’autres sœurs à s’y rendre.

En 1927, elle prononce ses vœux perpétuels. On lui donne le surnom de Petite Mère Noire (Madre Moretta)
Bakhita intrigue autant qu’elle fascine. Pendant des années, elle fait preuve d’une dévotion, d’un courage et d’une opiniâtreté infaillibles, portée par une farouche volonté de vivre. La maladie finit par la rattraper. Elle meurt le 8 février 1947, à 78 ans.Son corps repose aujourd’hui dans l’église de la Sainte Famille à Schio.


Béatification et canonisation

La procession devant sa dépouille, transportée dans une chapelle ardente, dure deux jours. Enterrée au cimetière de Schio, elle est béatifiée le 17 mai 1992. « Bakhita a laissé un message de réconciliation et de pardon évangélique dans un monde si divisé et blessé par la haine et la violence  », soutient le pape Jean-Paul II lors de la cérémonie.

Trois ans plus tard, il la déclare patronne du Soudan, avant d’instruire son procès en canonisation, le 1er octobre 2000.
Le pape dit à cette occasion : « Cette sainte fille d’Afrique, montre qu’elle est véritablement une enfant de Dieu : l’amour et le pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transforment sa vie de façon extraordinaire ».
Les miracles commencent rapidement après son décès puisqu’en 1950 le bulletin canossien publie 6 pages de témoignages de noms de personnes affirmant avoir reçu des grâces par l’intercession de Bakhita après leurs prières à madre Giuseppina Bakhita.

On fête Sainte Joséphine Bakhita le 8 février, jour anniversaire de sa mort.

Philippe Ausina, diacre

 

Ô Seigneur, si je pouvais voler là-bas, auprès de mes gens et prêcher à tous à grands cris ta bonté : Oh, combien d’âmes je pourrais te conquérir ! Tout d’abord ma mère et mon père, mes frères, ma sœur encore esclave... tous, tous les pauvres Noirs de l’Afrique, fais, Ô Jésus, qu’eux aussi te connaissent et t’aiment !

Prière écrite le jour de sa profession religieuse, le 8 décembre 1896

 

 

 

Prière à Sainte Joséphine Bakhita

Sainte Joséphine Bakhita,
enfant tu as été vendue comme esclave
et tu as dû affronter des difficultés et des souffrances indicibles.
Une fois libérée de ton esclavage physique,
tu as trouvé la vraie rédemption dans la rencontre
avec le Christ et son Église.
Sainte Joséphine Bakhita,
aide tous ceux qui sont emprisonnés dans l’esclavage.
En leur nom, intercède auprès du Dieu de la Miséricorde,
de façon à ce que les chaînes de leur prison puissent être brisées.
Puisse Dieu lui-même libérer tous ceux qui ont été menacés,
blessés ou maltraités par la traite et par le trafic d’êtres humains.
Apporte le soulagement à ceux qui survivent à cet esclavage
et enseigne-leur à voir Jésus comme un modèle de foi et d’espérance,
pour qu’ils puissent ainsi guérir leurs blessures.
Nous te supplions de prier et d’intercéder pour nous tous :
afin que nous ne tombions pas dans l’indifférence,
afin que nous ouvrions les yeux et que nous puissions regarder
les misères et les blessures de tant de nos frères et sœurs
privés de leur dignité et de leur liberté
et entendre leur appel à l’aide.

Amen

 

 

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Actualité publiée le 7 février 2022