Ordination sacerdotale de Paul Roland-Gosselin

EN LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE

LE DIMANCHE 13 DÉCEMBRE 2020
3ème DE L’AVENT

 

Nous fêtons ce jour sainte Lucie, une martyre de Sicile dont le seul nom dit la lumière. Nous connaissons le dicton : « Au jour de la sainte Luce, le jour grandit du saut d’une puce ». De fait, le soleil commence à se coucher un peu plus tard le 13 décembre. C’est la renaissance du soleil, liée à la naissance de celui que le prophète Malachie appelle le « Soleil de justice », le Messie qui est venu et que nous continuons d’attendre.

L’évangile de ce troisième dimanche de l’Avent vient de nous présenter Jean, le Baptiste, en ces termes : « Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière ». Nous sommes aux premiers versets de l’Évangile selon saint Jean. Lumière, témoignage : nous restons avec sainte Lucie, puisqu’elle est, par son nom, lumineuse, et qu’elle est martyre ; en effet, « martyr » signifie d’abord « témoin » en grec. Jean Baptiste et Lucie sont tous deux martyrs, deux témoins de la Lumière, qu’ils ne sont pas, mais dont ils témoignent par leur vie et par leur mort.

Comme chrétiens, frères et sœurs, nous sommes tous invités à porter la lumière dans un monde sombre où l’obscurité s’épaissit. Baptisés, nous sortons des ténèbres et devenons fils de lumière, porteurs de la Lumière du monde qu’est le Christ, Seigneur. L’oraison de la messe de vendredi dernier nous a fait reprendre tout le jour cette magnifique prière : « Tiens ton peuple éveillé, Seigneur, pour la venue de ton Fils ; puissions-nous, fidèles à son avertissement, garder au cœur toutes lumières de foi et d’amour pour nous porter à sa rencontre. »

Depuis le début du mois, les illuminations de la ville nous présentent de beaux cônes de lumière, sortes de sapins lumineux, aux chaudes couleurs, où palpitent des scintillements plus clairs : belles images de ces lumières de foi et d’amour que nous devons porter au cœur pour diffuser autour de nous la douce clarté du Sauveur, annoncé par les anges dans la nuit de la Nativité. Nous avons particulièrement besoin ces temps-ci de cette lueur grandissante, pour qu’elle nous habite et pour que nous la transmettions.

Pour aider le Peuple de Dieu à vivre cette transmission, le Seigneur choisit parmi nous des Jean Baptiste qui témoignent comme lui : « Je ne suis pas le Christ ! », mais qui orientent vers lui. « Ce n’est pas moi ! », disent-ils, mais ils conduisent à Jésus. Ils se sont longuement imprégnés de sa Parole et de sa pensée pour être, en Église, la voix de la Parole, pour être une voix de la Parole divine, pour être une lampe qui brûle et brille humblement dans la maison de Dieu.

Le Seigneur appelle des Baptiste ; il appelle aussi des Paul. C’est pourquoi nous vous entourons en ce moment dans cette cathédrale, cher Paul. Depuis des années, vous avez entendu cet appel à rendre présent le Christ, la Lumière du monde. Devenu diacre, vous avez expérimenté, notamment à Sainte-Bernadette de Marseille, comment « rendre présente la compassion du Christ auprès des fragilités humaines ». « La pauvreté matérielle, m’avez-vous écrit, nourrit en un sens ma pauvreté spirituelle. Je deviens comme un mendiant de l’amour de Dieu, qui m’entraîne à l’extérieur de moi-même, vers les autres, et particulièrement les plus pauvres. »

Nous venons de l’entendre, en effet, dans la première lecture, celle du prophète Isaïe, omniprésent dans ce temps de l’Avent : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé » (61, 1-2). Puis la pandémie vous a rejoint comme nous tous et a limité votre expérience, mais vous avez été marqué par ces quelques mois à Sainte-Bernadette ; désormais, votre prière est habitée par ces personnes en précarité.

Vous me dites aussi « la grande joie de la vie paroissiale » depuis septembre, vie paroissiale faite d’enseignement, de prédication, de ministère sacramentel. Nous avons aussi entendu saint Paul nous dire tout à l’heure : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » Nous sommes le dimanche Gaudete, le dimanche de la joie au milieu de l’Avent : le texte chanté de cet introït est emprunté à la lettre de saint Paul aux Thessaloniciens ; c’est pourquoi le violet s’éclaircit en rose. Je devais vous ordonner prêtre le dimanche 20 décembre, mais je me dois d’être à Lyon dimanche prochain pour l’installation de Monseigneur Olivier de Germay, qui fut plusieurs années dans mon Conseil épiscopal. Mais vous m’aviez dit que vous aviez souhaité être ordonné pour ce dimanche de la joie : nous y sommes !

De fait, vous m’écrivez : « Participer intimement et mystérieusement à l’œuvre de la Rédemption du Christ qui s’opère sur la Croix et en offrir les bénéfices au monde par le saint Sacrifice de la messe, telle est ma joie. Permettre à chaque personne d’être plongée dans le bain de la Miséricorde de Dieu par le sacrement de la Réconciliation, telle est ma joie. Permettre à chaque chrétien de recevoir la force du Christ par le sacrement des malades, telle est ma joie. “Telle est ma joie et elle est parfaite, dit l’ami de l’Époux”. »

Nous y sommes ! Vous y êtes ! Continuez à demander, comme l’oraison de ce jour : « Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère ».

Amen.

 


Actualité publiée le 16 décembre 2020