EN ATTENTE

La veille de Noël, l’annonce de la fête dans le Martyrologe – ce livre liturgique qui fait mention des saints, spécialement des martyrs, qui vont être célébrés le lendemain – est exprimée en des termes exceptionnels, qui remontent à la création du monde et de l’homme ; elle mentionne l’arche de Noé, Abraham, la sortie d’Égypte et le roi David ; elle situe la naissance de Jésus dans le cycle des Olympiades et, plus précisément, dans la 42e année de l’empereur Auguste, avant de faire cette remarque étonnante : « Le monde entier était en paix  ».


Au moment de l’Incarnation du Verbe, le monde est comme en suspens ; il pressent un événement capable de changer sa marche habituelle ; il est en attente. Dans le texte de saint Luc, qui situe solennellement l’arrivée de Jean Baptiste dans le contexte politique du moment (3, 1-2), on lit : « Le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ » (3, 15).


Nous entrons dans une nouvelle année liturgique et donc dans sa première période qui est le temps de l’Avent. Deux cycles marquent nos diverses célébrations dans l’année : celui de Noël et celui de Pâques, chacun a son temps de préparation (Avent et Carême), son centre (Noël et Pâques), son prolongement (temps de la Nativité et Temps pascal) et son terme (Baptême du Seigneur et Pentecôte).


Nous aimons tous l’Avent (le mot latin adventus veut dire « avènement », « arrivée »), ce temps d’attente joyeuse de la Nativité du Seigneur, qui nous semble toujours trop court, marqué par des illuminations dans nos villes, « toutes lampes allumées », comme dit une prière de ce temps, pour accueillir Celui qui vient. À vrai dire, l’Avent est d’abord l’attente de Celui qui revient. Jésus est déjà venu voici plus de 2000 ans, lui, la Lumière du monde qui a vaincu le Prince des ténèbres ; il nous a lui-même annoncé qu’il reviendrait dans la gloire, comme nous le redisons dans le Credo. Les derniers mots de la Bible font écho à cette attente séculaire de l’Église : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! Et celui qui donne ce témoignage déclare : Oui, je viens sans tarder. Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 17.20).


Notre vie humaine s’anime des attentes qui nous stimulent. Quelqu’un qui n’attend rien ni personne, qui n’attend rien de personne, est un homme sans espérance, un homme isolé. Il nous faut des buts, des perspectives qui nous font avancer. Qui attendons-nous ? Quelles échéances se profilent sur notre horizon ? Quels voyages, quels anniversaires, quelles rencontres familiales et amicales ? Quelles attentes sont celles de notre monde, à la fois unifié et divisé ?


Profitons de ce nouvel Avent pour répondre à ces questions et surtout pour nourrir et communiquer notre espérance. Oui, nous croyons que Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’homme, « lui qui nous a aimés », peut donner à notre monde en attente sa lumière et son amour pour donner sens et valeur à toute notre vie. C’est lui qu’ensemble nous attendons dans la joie de son Évangile.

+ fr. Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse